Grand Raid de Camargue 2015

Petit Raid de Camargue serait plus proche de la réalité, étant donné que j’ai parcouru 36 km sur les 110 de l’épreuve. J’ai jeté l’éponge au troisième ravito après 5h26 de course, ce qui m’a valu comme réaction du fiston « T’as fait moins qu’un marathon en plus de temps ? »
C’est tout à fait exact mais c’est une vision assez décourageante qui ne reflète pas mon sentiment après cette course. Bien sûr j’aurais espéré aller plus loin mais malgré un sentiment d’inachevé, un arrière-goût de ‘peut mieux faire’, je suis satisfait de cette expérience.

Mais reprenons au début.

Stratégie

Ma stratégie est simple et tiens en quatre points :

  • Garder une allure de 7’48" /km, sauf pour les deux premiers kilomètres où je vise 8’00" /km pour modérer l’ardeur du départ,
  • M’arrêter 2′ à tous les ravitos intermédiaires,
  • M’arrêter 10′ aux deux bases de relais,
  • Mettre les chaussures si ça devient trop difficile.

07h00

Le départ est donné à l’heure pile et le peloton s’élance à toute allure, entraîné par les coureurs en relais qui n’ont ‘que’ 48 km à parcourir.
Je me suis placé tout au fond comme à mon habitude et j’essaie de garder le contact pendant les premiers hectomètres, mais à 6’40"/km je suis très loin de mon allure cible de 8’00"/km et ce n’est pas raisonnable. Donc je laisse filer tout ce monde et je reste à l’arrière avec un quatuor qui alterne 16′ de course et 4′ de marche.

Après 900 m le parcours quitte le bitume et s’engage sur la première section de chemin gravillonné. C’est à ce moment que je me pose la question qui, je crois, a conditionné toute la course  « est-ce que je mets les chaussures ? »
Et la réponse, immédiate, « Pas déjà ! ».

km 1 : 7’10"
km 2 : 7’17"
km 3 : 7’24"
km 4 : 7’38"
km 5 : 7’24"
km 6 : 7’30"
km 7 : 7’32"

07h51

Je passe le 7e kilomètre en 51’55" avec 3’05" d’avance sur l’horaire prévu. Malgré les gravillons dont sont recouvertes la plupart des digues je maintiens facilement l’allure que je me suis fixée et je me félicite d’avoir laissé les chaussures dans le Camelbak.
Bien sûr je suis toujours dans le groupe de queue avec les coureurs / marcheurs et les 3 VTT de l’organisation qui ferment la marche et enlèvent le balisage au fur et à mesure de notre avancée. Mais je ne suis pas venu ici avec des idées de victoire, hein ?

km 8 : 7’35"
km 9 : 7’52"
km 10 : 7’14"
km 11 : 7’29"

08h25

Déjà le premier ravito, lorsque le bénévole fait le plein de mon réservoir je m’aperçois que je n’ai quasiment rien bu. Peut-être 100 ou 150 ml.
Je ne m’en inquiète pas sur le moment, mais quand j’y pense après coup je crois que mon sort était déjà fixé. Le petit groupe qui alterne marche et course ne s’est pas arrêté, je quitte le ravito avec le ‘rugbyman’, un gars rattrapé au 10e qui paraît déjà en difficulté, et les éternels vélos qui débalisent après nous.

km 12 : 10’46"

Digues et étangs

Digues et étangs à perte de vue

08h45

Surprise agréable, le tracé quitte les chemins gravillonnés pour la plage.
Le sable est durci en surface et cette sorte de croûte évite de trop s’enfoncer, ce qui fait que je peux conserver mon allure sans forcer.
Ce n’est pas le cas du ‘rugbyman’ qui disparaît dans mes rétros. Je me retrouve seul à profiter du paysage : les rouleaux qui s’écrasent sur la berge à ma gauche, les dunes de sable à ma droite, la laisse de mer entre les deux : bois flotté, débris de coquillages et quelques déchets en plastique. Ça me fait penser que sur les kilomètres de digue que je viens de parcourir à travers les salins je n’ai pas vu une seule canette, pas le moindre mégot de cigarette.

À plusieurs reprises je suis sur le point de m’arrêter pour prendre des photos, mais le téléphone est au fond du Camelbak et je n’ai pas envie de sacrifier une poignée de secondes à le récupérer et photographier. Et puis je me dis que quelques photos ne rendraient pas justice à ces paysages, c’est un moment à vivre que l’on ne peut pas capturer à grands coups de millions de pixels.

km 13 : 7’47"
km 14 : 7’38"
km 15 : 7’57"
km 16 : 8’42"

09h10

À l’extrémité de la plage le parcours quitte le sable pour de nouvelles digues et de nouveaux gravillons. Je suis assez chagriné, j’avais pris goût à cet environnement-là. Quand je regarde le tracé GPS je constate avec amusement que je longeais alors l’Étang de la Galère. Ce n’est qu’une heure plus tard qu’elle commence, la galère. 🙂

Étang de la Galère

L’étang de la Galère, au nom de mauvais augure

km 17 : 7’55"
km 18 : 8’10"
km 19 : 12’27"
km 20 : 9’39"
km 21 : 8’26"
km 22 : 8’21"
km 23 : 8’28"

Je passe le 17e kilomètre en 2h12’50" avec 2’10" d’avance sur le planning. Mais les graviers commencent à piquer sous les pieds, les cuisses commencent à tirer et il devient plus difficile de garder une allure de 7’48"/km, le Polar affiche plutôt 8’00" voire 8’20"/km. Du coup je prends du retard et passe le 22e en 2h59’53" au lieu de 2h54 prévues.

10h16

Le second ravito approche. Les bénévoles me voient arriver de loin et remettent en place la table de camping et les bouteilles en essayant des les protéger des rafales de vent en faisant écran avec leur voiture. Tout en remplissant mon Camelbak, cette fois aux trois-quarts vide, je leur signale qu’il ne reste qu’un seul coureur derrière moi qui doit être assez loin car ça fait une heure et demie que je ne le vois plus.
C’est un sentiment étrange et totalement inhabituel que de courir absolument seul pendant tout ce temps, dans un environnement si vaste qu’on voit l’horizon sur 360° mais sans aucune présence humaine.

Étang du Grand Rascaillan

Étang du Grand Rascaillan

Après quelques minutes passées à discuter avec eux je reprends ma course et entame la partie la plus difficile du trajet.

Pendant une brève accalmie du vent je réalise que les nuages se sont désagrégés et que le soleil commence à taper. Je m’arrête le temps de fixer le couvre-nuque sur ma casquette. En fait tout est prétexte à m’arrêter. Je fais une nouvelle pause pour extraire le téléphone du Camelbak et le placer dans une poche latérale plus accessible ; puis encore une pour prendre quelques photos ; et pendant une autre je réorganise mon sachet de ravito (abricots secs, amandes, saucisson), etc. Le contournement de l’étang du Rascaillan est interminable. Je n’avance plus. Mes cuisses rechignent, j’ai l’impression d’avoir des quadriceps en bois.

km 24 : 13’28"
km 25 : 10’44"
km 26 : 15’03"
km 27 : 12’15"

10h59

À la fin du 27ekm mon chrono affiche 3h59’51" au lieu des 3h31 prévues, j’ai maintenant une demi-heure de retard et je n’ai couvert que 5 km dans l’heure écoulée. Il reste une vingtaine de kilomètres jusqu’au relais des Saintes-Maries, je vois mal comment je pourrais parcourir cette distance si mon allure décline à ce point. Dans le pire des cas, combien de temps me faudrait-il pour marcher 20 km ? Je me focalise plutôt sur le prochain ravito qui doit être à neuf ou dix kilomètres, d’autant plus que mon Camelbak est déjà quasiment vide.

Une voix m’extrait de ma rêverie : les vélos qui ferment la marche sont à ma hauteur et m’apprennent que le ‘rugbyman’ souffre du dos et a abandonné au second ravito. Cette compagnie inattendue suffit à me faire reprendre un rythme décent, sans pause tous les 200 m.
On arrive bientôt sur l’interminable plage de Beauduc : 3,5 km et du sable à perte de vue. Il n’y a plus de balisage, je ne vois ni l’autre extrémité de la plage ni même la mer qui doit être à ma gauche. J’essaie de garder mon cap en restant parallèle à la ligne de dunes sur ma droite et effectivement je finis par apercevoir enfin une nouvelle balise au loin.

km 28 : 8’22"
km 29 : 8’59"
km 30 : 8’38"
km 31 : 11’01"
km 32 : 8’28"
km 33 : 8’34"

Le sable cède la place à un nouveau chemin caillouteux qui se dirige droit vers le nord. Le vent qui me poussait dans le dos sur la plage arrive maintenant par le travers. Je cours arc-bouté pour ne pas dévier de ma trajectoire. J’en ai marre. Au loin je distingue deux voitures et des silhouettes. C’est le troisième ravito. Je pense à Tintin et au capitaine Haddock qui découvrent une oasis en plein désert, puis j’annonce aux vététistes qui me suivent toujours patiemment que nos routes se séparent ici : je ne vais pas plus loin.

km 34 : 8’43"
km 35 : 9’27"
km 36 : 13’35"

Oasis en vue !

Oasis en vue !

12h26

Je stoppe mon Polar, la course est finie.
Il y a déjà trois autres coureuses et coureurs qui ont abandonné aussi et qui attendent d’être ramenés vers l’arrivée à Vauvert. Ça prendra un peu de temps car étrangement rien n’est vraiment prévu pour rapatrier les concurrents qui abandonnent. Je dis ‘étrangement’ parce que l’organisation est par ailleurs très pro et les concurrents qui abandonnent nombreux (Seul un tiers des partants sur l’épreuve solo a terminé la course). Heureusement les bénévoles sont dévoués et grâce à Sandra et Flo, Pascal puis Patrick (je crois, je suis nul avec les prénoms) j’arrive finalement aux arènes de Vauvert.

Conclusion

Au final mon Polar indique 36,09 km. C’est – de peu – la plus longue distance que j’ai parcourue pieds nus, mon précédent maximum était de 35,5 km à l’ultra-boucle de la Sarra. Dépasser 35,5 km a d’ailleurs été un important facteur de motivation à partir du moment où c’est devenu difficile d’avancer aux alentours du 25e km.
Le fait d’avoir couru cette distance en majorité sur des chemins gravillonnés est aussi une source de satisfaction. La plante des pieds a été un peu sensible pendant quelques heures après la course, mais je n’ai aucun bleu, aucune ampoule. Rien.

Je suis moins fier de ma gestion de l’hydratation qui a d’ailleurs été, il me semble, une cause majeure de mon abandon à ce stade de l’épreuve. D’abord je me suis laissé tromper par la fraîcheur du petit matin et par les quelques gouttes de pluie tombées au moment du départ : je n’ai quasiment rien bu pendant la première heure et demie. Ensuite quand les nuages se sont dissipés c’est le vent qui m’a facilement berné en masquant l’intensité réelle des rayons du soleil. Résultat, quand j’ai commencé à ressentir la soif il était bien trop tard, mes jambes étaient déjà lourdes comme du plomb.

Un résultat mitigé donc. Satisfait ? Oui mais…
Il ne me reste plus qu’à travailler cette gestion de l’hydratation. Et quoi de mieux pour cela que de viser 50 km sur un 6 heures fin novembre ? 😉

Les clés de la course

Distance : 36,1 km
Durée : 5h26
Dénivelé : 17 m

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8 réflexions sur “Grand Raid de Camargue 2015

  1. Et bien moi je te dis félicitations!!! Certes tu as abandonné, et tu es en droit d’être déçu. Mais tu as tenté le coup.
    Tu parles de lacheté dans ton dernier article…ne pas le diffuser pour ne pas avoir de critique. .j’ai pris le parti de considérer que ceux qui me critiquent de me lancer dans l’ultra alors que d’un point de vue rationnel, je n’ai ni le gabarit ni les compétences, et bien ceux là sont des jaloux. J’écoute leurs avis mais si je fais le choix d’y aller c’est parce que j’en ai envie et qu’au fond, a mon modeste niveau je sais que j’en suis capable.
    Donc bravo d’avoir écouté tes envies et d’avoir tenté l’aventure.
    Et puis comme ça l’année prochaine, tu iras au bout…en l’ayant annoncé!!!
    Bon courage pour la suite!!

    • Effectivement, pas de raison de regretter d’avoir tenté l’aventure, même si je savais que je n’étais pas capable d’aller au bout. J’ai un an pour progresser et aller plus loin la prochaine fois.

  2. qui ne tente rien n’a rien et tenter ce genre d’exploit en est déjà un par définition…tu auras ta revanche et en attendant, tout comme fire rasta, je te félicite et t’encourage à retenter l’aventure l’an prochain…ton récit est chouette, j’en apprécie le ton, merci pour le partage ;o))

    • Merci. Il y a effectivement des chances que j’y retourne l’an prochain. La course sera raccourcie de 110 à 90 km, mais pour moi ça ne fera pas de différence 🙂

  3. Merci beaucoup pour le partage de ce récit ! Après avoir constaté les nombreux abandons, je me demandais vraiment quelles avaient été les conditions de course.
    Bravo à toi pour cet accomplissement. Dans quel état étaient tes pieds ?

    Coup de coeur pour « Et puis je me dis que quelques photos ne rendraient pas justice à ces paysages, c’est un moment à vivre que l’on ne peut pas capturer à grands coups de millions de pixels. »
    J’ai bien aimé la remarque du fiston aussi ^^

    J’aimerais beaucoup faire cette course l’année prochaine (quoi que l’infernal des Vosges me tente également…). Les paysages sont magnifiques. A bientôt,
    Carole

    • Aucun souci au niveau des pieds. Pas d’ampoule, pas de bleu. R.A.S. Après deux ans et demi de pratique c’est quand je cours avec des chaussures que j’ai des ampoules.
      Et je confirme, les paysages valent le détour. Mais c’est plat et archi-plat. C’est pas la peine de venir y chercher du D+, hein ?

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