Yolo

Depuis le début de l’été je n’ai rien posté.
Ce n’est pas que je ne coure plus, bien au contraire, le log de mes sorties sur Strava montre que mon temps de course est allé crescendo tout au long du trimestre.

Volume de course mois par mois

Durée de course mois par mois

C’est juste que je n’en parle plus.
Et si je n’en parle plus c’est que j’ai en tête un projet un peu fou que j’hésite à mentionner avant qu’il ne se concrétise.

Tout a commencé au mois de mai avec l’ultra-boucle de la Sarra.
Toucher du doigt l’ultra sur un 6 heures m’a ouvert appétit, donné envie de voir plus loin. C’est à cette période-là que j’ai trouvé sur mon mur Facebook le partage d’un billet du Grand Raid de Camargue.
La traversée de la Camargue d’est en ouest soit 106 km en semi-autonomie de Salin-de-Giraud à Vauvert.Logo

L’idée paraît un peu folle j’en conviens, et si j’ajoute que j’essaierai comme à mon habitude de courir pieds nus partout où c’est possible l’entreprise paraît démesurée. Aussi depuis le début de l’été j’oscille entre l’impatience et le découragement.

Je relis Bruno Heubi « Se lancer sur 100 km… Même si vous n’êtes pas un marathonien confirmé, ce défi ne vous est pas inaccessible pour autant. Une pincée d’humilité, une bonne dose de courage et surtout une préparation bien menée, voici les ingrédients nécessaires à la réussite de votre projet. »[1] et je me sens gonflé à bloc, prêt à en découdre.

Puis le lendemain je trouve sur internet des sources concordantes qui m’apprennent que mon organisme est capable d’ingérer au maximum 240 kcal/h alors que mon Polar me confirme que je consomme en courant 740 kcal/h. Soit un écart de 500 kcal/h qui me laisse entrevoir un déficit de plusieurs milliers de calories à la fin de l’épreuve.
Les bras m’en tombent !

Au cours de l’été j’ai établi toute une liste d’incertitudes.

  • D’abord la longueur : chaussé je n’ai jamais dépassé la distance du marathon et pieds nus je n’ai pas couru plus de 35,5 km. Là on parle du triple.
  • Ensuite les conditions météo : la Camargue, absolument plate, n’offre aucun abri et quels que soient les éléments (soleil, pluie, vent…) on les prend de plein fouet.
  • Le parcours emprunte des propriétés privées et il est impossible de faire une reconnaissance avant le jour de la course. Je ne sais donc pas à quelles difficultés ni à quel revêtement je dois m’attendre.
  • Les barrières horaires sur chacun des trois tronçons sont assez permissives mais même si la vitesse minimale de 6,2 km/h est basse elle ne permet pas de marcher ni de lambiner trop longtemps.
  • etc.
Prévisions météo à J-2

Prévisions météo à J-2

Malgré ces doutes j’ai quand même suivi cet été mon petit bonhomme de chemin. J’ai déterminé une allure de course qui me paraît très raisonnable (7’48" /km), suivi un plan d’entraînement sur 9 semaines inspiré du plan pour 100 km proposé par Bruno Heubi (toujours lui) aux débutants sur la distance, choisi et testé le matériel, la boisson et l’alimentation, etc. Bref je me suis préparé du mieux que j’ai pu.

À dix jours de l’objectif j’appréhende toujours, j’en suis encore à peser le pour et le contre. À alterner entre l’envie d’y aller et une certaine appréhension face à l’ampleur de la tâche.
J’ai pas mal réfléchi à ce après quoi je cours. Est-ce qu’il faut vraiment que j’aille toujours plus loin ? Que j’augmente les distances, les durées, avec le risque que cette escalade ne prenne fin que sur une blessure ? Est-ce que je ne pourrais pas me satisfaire de courir un peu la semaine et de faire une sortie plus longue de 15 à 20 bornes le week-end ?

En fin de compte je me suis dit « yolo ! », pour reprendre l’expression de mes ados à la maison. You only live once, l’équivalent au XXIe siècle du carpe diem d’Horace. On ne vit qu’une fois alors pourquoi se priver ?

Je me suis inscrit.
Et comme je n’ai aucune envie de lire avant la course ni vos mises en garde ni vos encouragements, j’ai programmé la publication de ce billet après que le départ a été donné. C’est lâche, je vous l’accorde. Mais je me connais, ça raviverait mon indécision.

Il se peut que je n’atteigne même pas le premier relais aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à 48 km du départ.
Il se peut que je sois empêché de continuer par la barrière horaire.
Il se peut que je me blesse dès le premier kilomètre.
Il se peut qu’un rayon venu d’outre-espace me vaporise en plasma.
Il se peut…
Peu importe en fin de compte. Je me serai préparé aussi sérieusement que possible, je donnerai le meilleur de moi-même pendant la course, et je crois que je n’aurai pas à rougir du résultat même si l’abandon est encore au moment où j’écris l’issue qui me paraît la plus probable.


[1]. « Courir longtemps », p. 201.

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