Ultra-boucle de la Sarra 2015

Voici enfin le principal objectif du semestre, l’ultra-boucle de la Sarra, dont la préparation a été un peu chaotique.
C’est un gros morceau, un très gros morceau même puisque je m’apprête à courir 6 heures et si possible 18 tours soit 37 km.Logo de l'Ultraboucle de la Sarra
Jusqu’à maintenant je n’ai jamais couru plus de 4h45 (chaussé), et jamais plus de 24,7 km pieds nus. Compte tenu du dénivelé important (90 m par tour) je sais que les quadriceps et les mollets vont souffrir, mais la plus grande inconnue reste la résistance plantaire sur une telle durée, d’autant que le revêtement n’est pas vraiment lisse.

J’ai prévu très large au niveau du timing et j’ai amplement le temps de retirer mon dossard, prendre mes quartiers à l’hôtel, décider de la tenue que je vais porter et être sur le site de la course une heure avant le départ. J’en profite pour vérifier que la pente n’est pas détrempée par les pluies des jours précédents. La météo est idéale, 20°C environ, des nuages terminant de se dissiper et une petite brise rafraîchissante.

Le départ

Le speaker donne le départ à l’heure pile et les 170 coureuses et coureurs s’élancent dans l’ascension de la piste de la Sarra. Au passage de l’arche gonflable je me mets aussi à trottiner, première entorse à ma stratégie de marcher dans les montées. Ça ne dure pas et après une cinquantaine de mètres seulement je passe en marche rapide.
Le premier tour sert d’échauffement et de reconnaissance à la fois : d’autres concurrents m’ont signalé avoir repéré des débris de verre plus tôt dans la semaine. Rien de terrible, je localise les deux secteurs que je contournerai soigneusement tour après tour.

Première heure

En amont de l’arche de chronométrage se trouve un ravito express, bien plus pratique pour les coureurs solos que le ravito situé sur l’aire de passage de relais. Comme aujourd’hui je cours léger, sans ceinture porte-bidon, je m’y arrête dès la fin du premier tour, alors que les bénévoles sont encore en train de tout mettre en place. Je les préviens que j’ai l’intention de m’arrêter à chaque tour, et de fait il n’y a qu’au onzième que je ne m’y arrête pas.

Dans la poche de mon short j’ai emporté le tableau avec les temps de passage prévus, que je vérifie de temps en temps. Je constate que je suis parti un peu trop rapidement, j’ai presque deux minutes d’avance sur l’horaire au premier tour donc je m’applique à lever le pied. À la fin du troisième tour, après 55 minutes, l’écart est réduit à 7". Nickel.

Deuxième heure

λ en pleine action

Photo © Y. Coric

Alors que je franchis l’arche pour la cinquième fois, j’entends le speaker parler d’un air étonné du concurrent qui court pieds nus. Sans m’arrêter ni même me retourner je lui montre par un double signe de la victoire, les bras levés hauts, que j’ai entendu.

Un tour plus tard c’est le moment de ma première pause planifiée. À chaque tour je m’arrête une petite minute au ravito et échange quelques mots avec les bénévoles mais là, à la fin du sixième tour je m’arrête 4′ pleines. Presque deux heures de course, 12,5 km parcourus et je tiens toujours le bon tempo avec moins d’une minute de retard sur l’objectif.

Troisième heure

Tout continue comme sur des roulettes pendant encore deux tours, puis les choses commencent à se compliquer. Au 9e tour, juste avant la mi-course, les relances deviennent plus difficiles et je perds 1’30". Quand au passage sous l’arche je vois mon chrono afficher 2h51 pour un temps de passage prévu à 2h48’47" je sais que la fatigue s’installe et que mes chronos vont chuter beaucoup plus rapidement que ce que j’escomptais. Je décide de ne plus me préoccuper des temps de passage, et de toute façon le papier que je garde dans ma poche arrière est trempé par la sueur et tombe en lambeaux. Je ne le regarderai plus.

Quatrième heure

La montée des 563 marches devient vraiment éprouvante. Je garde le regard fixé sur la marche suivante parce qu’à chaque fois que je lève les yeux l’escalier à perte de vue me sape le moral.
J’ai l’impression d’être prisonnier d’une construction impossible comme les pèlerins qui parcourent un escalier sans fin dans le dessin d’Escher.

Ascending and descending

Détail de « Ascending and descending » M. C. Escher, 1960

À la fin du 11e tour je fait un saut jusqu’à mon sac sous l’abri coureurs pour engloutir un morceau de saucisson. Ça me change des abricots secs et des TUC du ravito. Le speaker en profite pour m’intercepter et me demander pourquoi je cours pieds nus. Je réponds dans le micro que c’est moins cher et comme ça je peux mettre l’argent dans un week-end comme celui-là. Pourquoi ai-je répondu ça ? Le mystère reste entier. À tous les coureurs et tous les bénévoles qui m’ont posé la même question sur le parcours j’ai répondu avec force pédagogie que c’était pour éviter de talonner comme un sourd et de soumettre mes articulations à un stress trop important, et là que j’ai une opportunité de le dire à une centaine de personnes en même temps tout ce qui sort de ma bouche c’est une réponse à la con.

Au tour suivant je m’arrête de nouveau car la nuit tombe et il me faut récupérer ma lampe frontale. J’aurais juré m’être arrêté aux tours 10 et 11 mais la trace GPS me prouve que c’étaient les tours 11 et 12. Ça montre à quel point j’avais perdu en lucidité après 4 heures de course.

Cinquième et sixième heure

Je m’attendais à ce que les deux dernières heures s’étirent et traînent en longueur, mais c’est tout l’inverse : le temps file à toute allure.
Les quarts d’heure passent comme des minutes et je dépasse bientôt la durée la plus longue que j’aie jamais courue.
Les mollets protestent dans les montées, les quadriceps dans les descentes et à partir du 15e tour il m’est impossible de courir dans la descente de la piste de la Sarra, les muscles des cuisses sont durs comme du bois.

Chrono tour par tour

Chrono tour par tour

Au 16e je commence à calculer. Je ne sais pas comment se passent les autres 6 heures mais à l’UBS un tour commencé avant la limite horaire est comptabilisé. Comme mes calculs montrent que j’aurai le temps de démarrer un 17e tour je décide d’en profiter et à 5:54:11 en passant sous l’arche c’est sans hésitation que je pars pour une ultime boucle portant mon chrono total à 6h20.

Les clés de la course

Distance : 34,1 km
Durée : 6h20
Dénivelé : 1 550 m

Le débrief’

Même en ayant bouclé moins de tours que prévu je suis extrêmement satisfait de la course. D’abord j’ai réussi à m’en tenir à l’allure prévue pendant 3h30 (voir les courbes orange et bleue plus haut) ; ensuite mes inquiétudes n’étaient pas fondées, je n’ai eu aucun problème avec la friction des pieds sur le sol. Tout au plus les micro-impacts sur les aspérités et les gravillons, tour après tour après tour, finissent par devenir désagréables, mais on est très loin des douleurs aux muscles des jambes, quadriceps et mollets en tête.
Il me reste un sujet d’interrogation par rapport au ravito. J’ai bu très régulièrement, environ 20 cl par tour soit 3 l en tout pendant la course et à aucun moment je n’ai eu besoin de vidanger. Moi qui d’habitude fait des pauses pipi toutes les demi-heures ça m’a plutôt étonné.

Les à-côtés

Y a pas à dire l’organisation est au top. Une ambiance de fiesta digne de la Bandol Classic, des bénévoles aux petits soins pendant 6 heures, une bière bien sympa à l’arrivée, une arche de chronométrage qui donne sur un long tapis rouge que l’on parcourt entre deux haies de coureurs… Bon les coureurs en question sont les relayeurs qui attendent impatiemment leur coéquipier, mais ça le fait quand même.

Comme d’hab j’ai discuté avec pas mal de monde, avant, pendant et après la course, pas mal d’incrédules qui ne s’imaginaient pas que l’on puisse courir 6 heures pieds nus. Bravo à Nicolas pour ses 19 tours, merci au gars qui a fait un détour pour me conduire à mon hôtel après la course, et mention spéciale au bénévole qui m’a lancé à la fin du premier tour « Alors, parti pour 18 tours ? ». Je me suis demandé pendant de longues minutes comment il avait pu déduire ça de mon chrono, mais en fait il avait peut-être simplement lu mon blog :D.

Je suis revenu de Lyon avec le plein de satisfaction, de confiance et de détermination. Je me prends à penser à un marathon ou un 6h plat pour le second semestre. Ou plus si affinités. Qui sait ?

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17 réflexions sur “Ultra-boucle de la Sarra 2015

  1. Bravo pour cet ultra ! Surtout pied nu…
    Tu seras de la parti pour 2016 ? Je compte bien m’aligner sur la prochaine edition.

    A bientôt pour de nouvelles aventures !

  2. Bravo! Et comme je suis quelqu’un qui dit n’importe quoi quand quelqu’un que je connais pas tente d’entrer en contact, je compatis… 😀

    • Autant je suis facilement bavard en face à face, autant je suis pas à l’aise quand je vois pas les gens à qui je parle (à travers un micro). Heureusement c’est très rare.

  3. Nixul dit :

    Salut Lambda,

    Un très grand bravo pour cet exploit. Visiblement ta prépa et ta coupure au pied ne t’ont pas gené.
    D’accord avec toi, on appréhende beaucoup quand a la résistance de nos pies alors que c’est la partie de notre corps la plus affûtée. Comme quoi psychologiquement nous avons encore du progrès a faire pour nous libérer de nos chaînes !
    Encore félicitations et oui un marathon est totalement accessible PN puisque je viens de valider Bordeaux sans souci sous la pluie.
    Bonne récupération a toi l’ultra traileur ;-))

    • Pour l’allure que je visais les 5 semaines ont apparemment suffi. Quant à ton marathon, je suis curieux d’en savoir plus, t’as écrit un billet quelque part ?
      Et si tu nous racontais ça sur RunHappy ou sur la BRS ?

    • Hello Lambda,
      en grimpant les 563 marches (pieds nus, bien sûr) et en apercevant des coureurs en bande faire une reco du parcours il y a 1 semaine, j’ai pensé à toi. Bravo pour ces chiffres qui en disent sur long sur la qualité de tes semelles. 😉

      • Salut Yxelle, et merci. De mon côté j’ai pensé à ta photo samedi quand je me suis rendu sur place en empruntant la montée des Carmes-déchaussés. Je n’avais pas réalisé la semaine dernière que c’était tout à côté du parcours.

  4. Maxime dit :

    Très bon compte-rendu ! Et super régularité ! Personnellement j’ai beaucoup aimé l’intervention au micro. C’était plein d’humour et ne tombais justement pas dans la querelle de clochers habituelle. Adepte convaincu de la chaussure minimaliste et prêcheur à mes heures, je trouve qu’on a tous l’air de doux dingues aux yeux des chaussés classiques, aussi bons qui puissant être nos arguments contre le talonnage abusif…

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