Sortie n°606

Il m’arrive souvent de courir sur la piste cyclable qui relie Sint-Niklaas, dans le nord de la Belgique à Hulst, aux Pays-Bas. C’est une ancienne voie ferrée recouverte d’un enrobé lisse comme un billard, un vrai régal pour courir, même si le tracé rectiligne devient rapidement monotone.

Piste cyclable

Piste cyclable entre Sint-Niklaas et Hulst

Jusqu’à présent je n’y ai fait que des sorties courtes ou moyennes et à chaque fois que je fais demi-tour sur ce parcours je pense à la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas qui se trouve seulement quelques kilomètres plus loin, à portée de jambes.
On ne peut pas dire que ce soit une idée fixe mais à mes yeux c’est quand même un symbole, de traverser une frontière en courant. De pouvoir me dire « Je l’ai fait ! Il y a cinq ans je ne courais pas plus d’un kilomètre et maintenant je vais assez loin pour franchir des frontières ». De la vanité ? Sûrement. Je flatte mon ego. Comme une bonne partie des inscrits sur leur premier marathon.

Mercredi, 17h52

Bref, aujourd’hui le temps splendide me pousse à préméditer mon coup : je quitte le bureau à une heure raisonnable qui me permet d’effectuer l’aller et retour jusqu’à la frontière avant que la nuit ne tombe. Je chausse mes Zemgear, emporte un bidon d’eau et une poignée d’abricots secs en guise de carburant et me voilà parti.
Après moins de 5 km je n’y tiens plus, je déchausse, glisse les chaussures dans la ceinture porte-bidons et poursuis ma route pieds nus. Le tracé étant sans surprise, le danger est de se perdre dans ses réflexions et de ne plus prêter attention aux nombreux cyclistes dont certains roulent à vive allure. Au 6e kilomètre je me décale dans l’herbe pour laisser la place à deux groupes de vélos de se croiser et aussitôt une douleur vive me vrille le pied. Un bref coup d’œil confirme mes soupçons : le bas-côté est recouvert d’orties. Note pour plus tard : expérience à ne pas reproduire, c’est la garantie d’un bon quart d’heure à grimacer et serrer les dents.

Cela ne m’empêche pas d’enchaîner les kilomètres à l’allure prévue de 7’30 /km. Je passe les 4 km en 29′, les 8 km en 59′ et les 12 km en 1h29′ avec à chaque fois juste une minute d’avance sur le plan de marche, malgré le revêtement qui se dégrade progressivement à partir du 9e km puis malgré la disparition 1 km plus tard du bel enrobé de la piste cyclable qui cède la place à un chemin forestier de terre compactée parsemé de gravillons et de branchages.

Mercredi, 19h17

À 11,5 km du point de départ j’entre véritablement dans la forêt. Il n’y a pas de panneau, aucun marquage, encore moins de barrière et je franchis ainsi la frontière sans le savoir. Un kilomètre plus loin la piste débouche sur une route dont les panneaux de signalisation comme la couleur des plaques d’immatriculation des voitures qui y circulent ne laissent aucun doute : je suis bien aux Pays-Bas.

Piste forestière

Fin de la piste forestière aux Pays-Bas

J’hésite un court instant. J’irais bien jusqu’à Hulst que les panneaux indiquent à 2 km, mais il me faut encore couvrir tout le chemin de retour et j’ai quasiment épuisé mon ravitaillement en abricots secs et en eau.
Au final j’ai atteint mon but de franchir la frontière, je fais donc demi-tour après un peu plus de 13 km, il me reste autant à parcourir.

Autant l’aller a été une partie de plaisir, à profiter de la tiédeur du bitume et de la légère brise, autant le retour sera calamiteux. Au 16e une douleur fulgurante sous le pied m’informe que ma coupure s’est rouverte sur une pierre saillante. Arrêt immédiat pour évaluer les dégâts : ça saigne et j’ai laissé ma trousse de bobologie dans l’armoire pour emporter les abricots. Quelle clairvoyance !
J’improvise avec les moyens du bord. Une touffe d’herbe pour essuyer le sang qui coule, une autre pour compresser et arrêter le saignement, une troisième enfin en guise de pansement pour ne pas saloper l’intérieur de la chaussure. Parce que bien évidemment je remets mes chaussures pour le reste du trajet. C’est un peu une douche froide. Il me reste plus de 10 km à parcourir et je n’ai plus qu’une envie c’est de rentrer au plus vite.

Mais mes muscles ne l’entendent pas de cette oreille.
Les cuisses renâclent, je force pour maintenir plus ou moins l’allure. Passés les 20 km je m’octroie 30 secondes de marche tous les 300 m.
À partir du 22e je marche dès que le cardio dépasse 145 bpm.
Au 24e je marche. Sauf quand je croise du monde. J’adopte alors un semblant de footing pour justifier le fait que je me balade de nuit, habillé comme un coureur avec une lampe frontale sur la tête. Parce que bien sûr avec le retard que je prends la nuit est tombée entre temps.
Au 25e je m’en fous, je marche tout le temps.
Au 26e j’ai du mal à marcher. Crampes dans les mollets, sous la plante des pieds aussi.

Mercredi, 21h44

Un peu moins de quatre heures après être parti et une heure après que la nuit soit tombée je vois enfin le bout de cette sortie.
Ma vanité a été sévèrement punie.
Après avoir couru seulement 14 km sur les 4 dernières semaines voilà que j’enchaîne les sorties depuis lundi. Quatre en trois jours, pour une distance totale de 46,6 km.
Place maintenant à deux journées de repos complet avant un nouveau bloc d’entraînement ce week-end. Au programme une séance de côtes et descentes et une sortie longue. Mais celle-là je risque de la faire en vélo pour ménager le bonhomme.

Courbe d'allure

Courbe d’allure (en bleu) et d’altitude (en gris)

Résumé

Distance : 26,3 km
Durée : 3h53

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6 réflexions sur “Sortie n°606

  1. JayJay dit :

    Pas cool les orties (t’as dû douiller !!!) et (surtout) la plaie qui s’ouvre à nouveau…..
    Bon rétablissement, keep your head up !

    • Ah les orties ! J’en avais attrapé à pleines mains quand j’avais dix ans. Mon grand-père me soutenait que si on bloquait la respiration en les cueillant on ne sentait rien. Je ne me souvenais plus que ça brûlait autant. Ça m’a rafraîchi la mémoire pour le coup.

    • Non là c’est la fin, ça n’est plus douloureux, ça ne me gène plus. C’était juste un coup de malchance, une caillasse qui a fait péter le caillot de sang sous la peau. Je vais continuer avec les chaussures pendant quelque temps et d’ici la course ça devrait être un lointain souvenir.

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