Perdre du gras avec la course à pied

En ce lendemain de réveillon on est nombreux à trouver que notre reflet dans le miroir s’est enrichi pendant les fêtes de quelques rondeurs par-ci par-là. Et l’idée de les éliminer en allant courir dans le quartier s’impose vite comme une solution facile. Mais est-elle efficace ?

On sait que pendant l’effort notre organisme consomme de l’oxygène présent dans l’air que l’on respire, du glycogène stocké dans les muscles et le foie, et de la graisse stockée un peu partout mais surtout là où on ne voudrait pas qu’il y en ait. La consommation des graisses, puisque c’est à celle-ci qu’on s’intéresse, occupe une part d’autant plus grande dans l’énergie totale dépensée que l’allure à laquelle on court est réduite. D’autre part elle augmente en même temps que la durée de l’exercice[1].

Le Polar RC3 que je porte au poignet utilise l’enregistrement de ma fréquence cardiaque pour estimer le pourcentage d’énergie fournie par cette consommation de graisse. La tentation était grande de regarder ça de plus près et de comparer deux sorties n’ayant a priori aucun point commun.

Sport zones de la sortie n°567Sortie n°567

Le 24 décembre j’ai fait une boucle de près de 10 km en un peu plus d’une heure, sur un parcours comportant 100 m de dénivelé, le tout en EF++ . D’où une fréquence cardiaque moyenne de l’ordre de 83%.
Le Polar a calculé que j’ai consommé à cette occasion 880 kcal dont 11%, soit 96,8 kcal, produites par la transformation de graisses.

Sport zones de la sortie n°570Sortie n°570

Une semaine plus tard j’ai fait des allers et retours sur du plat à très faible allure (3/4 footing lent et 1/4 marche) pendant une durée de 40′, pour une FC moyenne de 65%.
Toujours selon Polar j’aurais brûlé ce jour-là seulement 345 kcal dont 28%, soit 96,6 kcal, provenant de graisses.

Interprétation

Tiens ça c’est intéressant ! Ces deux sorties très dissemblables ont eu le même résultat en ce qui concerne la consommation de graisses. D’un côté j’ai couru au seuil pendant plus d’une heure, donc au prix d’un effort assez soutenu, de l’autre j’ai alterné marche et petit trot pendant 40 minutes ce qui ne m’a pas vraiment arraché de gouttes de sueur. Au final j’ai brûlé la même quantité de graisse.

Ça tendrait à prouver que les footings de Noël ont bien l’effet miraculeux qu’on leur prête.
Enfin, miraculeux est un tantinet exagéré. Pour être honnête avec vous je vous dois un dernier calcul. Un gramme de lipides (de graisse donc) équivaut à 9 kcal. Pendant chacune des deux sorties que j’ai prises pour exemple j’ai donc perdu la quantité astronomique de … 10,7 grammes !
Pas de quoi affoler ni la balance ni notre reflet dans le miroir.


[1]. À ceux qui voudraient en savoir plus, il y a pléthore de bouquins ou de sites qui traitent du sujet. Commencez par exemple ici il y a largement de quoi satisfaire votre curiosité.

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7 réflexions sur “Perdre du gras avec la course à pied

  1. Mais est-ce que les données de Polar sont vraies? Ne mettent-ils pas des formules généralistes qui ne prennent pas du tout en compte le type de course?
    Et puis à peine 100kcal pour une sortie d’une heure, c’est pas beaucoup si?

    • 100 kcal c’est pas la dépense énergétique totale mais uniquement la partie provenant des graisses, soit respectivement 11% de 880 kcal et 28% de 345 kcal. Et la formule de calcul semble fiable même si je n’ai pas poussé les vérifications très loin. (Voir par exemple ici et ici, désolé c’est en anglais).

  2. Hello !

    Tout d’abord, je te souhaite une excellente année 2015 et espère qu’elle sera pour toi riche accomplissements sportifs.

    Que de données structurées / classés et d’analyse de chiffres dans ton billet ;). J’ai été comme toi fut un temps, je tenais à m’accrocher à des chiffres, des données mathématiques qui me permettrait d’avoir une base que j’estimais « sûre », « scientifique » pour guider mes objectifs fitness. Avec le temps, je m’en suis détaché. Je m’en suis détaché parce que tout ceci est artificiel, que nos corps ignorent ne que veulent dire « 96,6 kcal ». Polar, autant que les autres constructeurs réalisent, pour nous fournir de jolis données, des approximations basées sur des généralités. Je ne serais pas étonné de trouver que l’algorithme de calcul de la dépense énergétique est une formule basique avec quatre variables : sexe, masse corporelle, durée et intensité de l’entrainement.
    Ce sont des outils qui ont leur intérêt, mais je pense qu’il faut s’en détacher, et surtout se baser sur la connaissance de soi qui se développe instinctivement, par l’entraînement, par les sensations, par les constats empiriques.
    Si tu écoutes la théorie, il faut dépenser 8000 kcal pour perdre un kilo de graisse. Dans les faits, tu peux perdre 3 kilos (graisse ou non) en une semaine sans jamais réussir à comprendre mathématiquement comment tu as fait pour éliminer les 24000 kcal théoriques.
    Concernant les 10,7 grammes perdus, je pense que tu as déjà perdu plus que ça en sueur au cours de tes séances, et je défie tout outil de me à ce jour de te dire avec certitude que tes deux sorties t’ont fait perdre telle quantité de graisse, sans prendre en compte ton alimentation 😉

    Mon message derrière ce roman : les outils donnent des lignes directrices desquelles il faut pouvoir / savoir se détacher. L’instinct, la connaissance de soi est ta base la plus fiable pour atteindre tes objectifs fitness car ton corps est unique, et il se fout pas mal des chiffres 😉

    Merci pour cet article et à bientôt !

    • Salut les lapins !
      C’est un plaisir de vous voir passer par ici… et d’y laisser ce roman commentaire tout à fait pertinent.

      Les chiffres en général et les stats en particulier sont ma potion magique d’Obélix : je suis tombé dedans quand j’étais petit et je les utilise quotidiennement (presque) malgré moi. Quand je lis le tableau de résultats d’une compèt’ je vois la gaussienne d’une loi normale et quand je réfléchis à une stratégie de course c’est à coups de régressions linéaires.

      Cela dit tu as raison, si les chiffres donnent une tendance ou permettent de se faire une idée d’un ordre de grandeur il ne faut pas leur accorder une confiance aveugle. Il est certain que je n’ai pas perdu 10,7 grammes de graisse lors de ces sorties, comme il est certain que nous n’étions pas 65 241 241 habitants en France lorsque minuit a sonné le 1er janvier 2012.

      Ce qui m’intéressait dans ce billet c’était de mettre en perspective la perte de masse graisseuse avec la durée de l’effort, de l’ordre de quelques grammes par heure, et de suggérer que lorsqu’on s’empiffre de toasts au foie gras en se justifiant par un « j’irai courir demain pour perdre tout ça » on navigue quand même quelque part entre la crédulité et l’hypocrisie.

      • Merci pour ton retour qui a clarifié ma compréhension du message principal du billet.
        Je suis totalement en phase sur le fait que la durée de l’effort nécessaire pour brûler un excès est souvent sous estimé. J’entends parfois quelques connaissances qui ne s’aperçoivent pas qu’en termes énergétiques, leur sortie du jour équivaut à un kinder du distrib.

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