Trail du massif des Brasses 2014

Le 15 km du trail du massif des Brasses, c’est la course que je ne veux pas manquer en cette fin d’année. Ça peut paraître étrange au premier abord car je ne suis pas particulièrement accro aux trails, et quand bien même je le serais les occasions ne manquent pas de crapahuter 15 km sans avoir besoin de faire cinq heures de route.
Oui mais voilà, dès sa première édition l’an dernier ce trail-ci a fait la part belle au barefoot, et cette année nous sommes pas moins de 16 inscrits sur le 30 km ou le 15 km, minimalistes et pieds nus cumulés. Ce n’est pas tant l’idée d’un podium barefoot qui m’attire, de toute façon je ne le verrai que d’en bas, mais plutôt la perspective de rencontrer, enfin, les gens avec qui j’échange à longueur d’année sur les forums et les réseaux sociaux.

Un samedi soir à Onnion, 74

L’hôtel est juste à l’entrée du bourg et lorsque j’arrive un gars fait les cent pas devant, téléphone à l’oreille et… pieds nus. D’après les photos que j’ai pu voir je reconnais Fred, coureur pieds nus qui a fait le déplacement depuis Lyon. Je pose mes affaires à l’hôtel que nous avons privatisé pour l’occasion[1], puis nous allons retirer notre dossard. Le village est étrangement silencieux et paraît vide. La place de l’église est déjà envahie de barrières, de tentes, de tables et de chaises mais il n’y a pratiquement personne. Une impression de calme avant la tempête. La salle de remise des dossards est beaucoup plus animée, nous y rencontrons Séverine, organisatrice du trail et instigatrice de la catégorie barefoot.

Ensuite nous partons retrouver le groupe qui a fait le déplacement depuis la région parisienne.
Aniu Ladybird, qui va participer à son premier trail, Sergio qui l’a embrigadée dans cette galère, tous deux vont courir en minimalistes sur le 30 km, l’incontournable Christian, qui courra le 15 km en huaraches et Nixul, qui a eu l’idée de courir des trails pieds nus en lisant mon blog et qui nous mettra trois quarts d’heure dans la vue à Frédéric et moi le lendemain sur le 15 km.

Installation dans le dortoir

Installation dans le dortoir

Chacun s’installe et déballe ses bagages. À nous six on a de quoi équiper de pied en cap tout un régiment. Les questions existentielles fusent. Manches courtes ou longues ? Je prépare ma boisson énergisante ce soir ou j’attends demain matin ? Je colle mon dossard ou je l’épingle ?
Après moults hésitations et revirements chaque question trouve sa réponse et notre petite troupe est parée pour rejoindre le bar-restaurant du village pour ce qui ailleurs serait une pasta-party.

À la santé des barefooteux (-euses)

À la santé des barefooteux (-euses)


Ici on trinque à la bière[2] avec Sébastien, mari de Séverine et co-organisateur de l’événement, et on fait le plein de calories avec un hamburger savoyard où le pain est astucieusement remplacé par des galettes de pommes de terre frites. Mais on n’a pas fait le déplacement uniquement pour ripailler, on doit aussi courir le lendemain matin donc tout le monde se couche tôt pour être frais et dispos pour la course.


[1]. Une autre manière de voir les choses serait de dire que ce centre de vacances qui vient de fermer ses portes pour l’hiver a bien voulu rouvrir un dortoir pour nous six.
[2]. Vous remarquerez que les enfants boivent du soda et que deux d’entre nous dont je tairai les noms pour ne pas leur faire honte trinquent à l’eau gazeuse.

Dimanche matin, la course

Départ du 30 km

Quelques minutes avant le départ

Le départ du 30 km est donné derrière deux cavaliers à cheval et les coureurs font une courte boucle autour de l’église ce qui nous donne l’occasion d’encourager Aniu Ladybird et Sergio lorsqu’ils passent une seconde fois sous l’arche gonflable.
Il reste une demie heure avant que ne soit donné le départ du 15 km auquel nous participons, Christian, Fred, Nixul et moi. Ça nous laisse amplement le temps de nous échauffer un petit kilomètre et de discuter avec les autres coureurs, minimalistes comme maximalistes. Quand le départ est donné nous restons groupés ensemble à l’arrière du peloton, mais ça ne dure pas. Après trois virages la pente à 15% a déjà convaincu la majorité des participants de marcher. Pour ma part je préfère courir quand le terrain le permet et marcher quand ça devient compliqué, donc je me faufile en klaxonnant « Pardon-pardon ! », entraînant les autres dans mon sillage.

Ça ne dure pas longtemps. Au bout d’un kilomètre je m’arrête pour attendre Fred. Il a pris le départ avec un orteil violacé, conséquence d’une rencontre avec un pied de table quelques jours plus tôt, mais surtout avec une douleur au tendon d’achille qui l’inquiète un peu et il n’exclut pas de laisser tomber dans les deux premiers kilomètres s’il pense ne pas pouvoir faire la distance. Christian et Nixul filent, je m’écarte et prends trois photos. Fred arrive bientôt, je lui emboîte le pas et on restera à proximité l’un de l’autre pendant tout le reste de la course.

Montée dans la forêt

Montée dans la forêt

Course est un bien grand mot. Les trois premiers kilomètres sont une montée interrompue au cours de laquelle on prend 500 m d’altitude avec des secteurs où la pente atteint allègrement 25%. C’est déjà de la boue et je crois naïvement que je galère : dans deux heures la descente va me détromper.
Sur le plateau je me cale sur un petit trot tranquille, aux alentours de 7’00 /km. Mais comme je m’arrête souvent pour prendre des photos du paysage alentour ma vitesse moyenne reste à 4,5 km/h, comme dans la montée. Ce mode rando me convient. Samedi soir on avait envisagé de boucler le 15 km en 2h30, mais très vite on sait qu’il nous faudra bien plus que ça. La météo est de notre côté, la pluie annoncée n’est toujours pas au rendez-vous, et c’est bien la seule chose qui nous ferait nous presser.

Le plateau

Le chemin serpente sur un plateau assez vallonné

À force de couper mon chrono lors des pauses photo, fatalement il arrive un moment où j’oublie de le remettre en route. Quand je rejoins Fred qui m’attend au bout du plateau avant la montée vers la Pointe des Brasses, je ne sais pas trop quelle distance on a parcouru et mon Polar ne m’est pas d’un grand secours. Au ravito il affiche 6,9 km et je pense qu’il manque environ 700 m. On est grosso modo à la moitié du parcours et il est déjà 11h10.
La montée vers la Pointe est épique. Si je lis correctement le plan des pistes qui se trouvait dans le sac coureur avec le dossard c’est sous la remontée mécanique d’une piste rouge que l’on crapahute.
Mais le paysage vaut le détour.
Aussi bien celui par lequel on est arrivé que celui qui s’étend de l’autre côté du sommet.

Montée vers la Pointe

Vue de la Pointe

Sommet de la Pointe

Pour un peu on se croirait déjà arrivé aux portes du paradis.
Si ce n’était cette douleur lancinante dans les cuisses et les poumons en feu.

Vue panoramique depuis la Pointe

Les indigènes rencontrés regardaient dans cette direction en essayant de distinguer le Mont Blanc.
À tout hasard j’ai pris une photo, mais pour moi toutes les montagnes se ressemblent.

On prend une dizaine de minutes de pause, le temps de photographier les alentours, de discuter avec les bénévoles et d’expliquer à une randonneuse à qui ses chaussures provoquent des ampoules qu’on peut très bien randonner pieds nus. Puis il est temps de nous remettre en route : il est déjà 11h30 ça fait deux heures qu’on est partis et il nous reste encore toute la descente.

Le début est verdoyant, un sentier monotrace sinue entre collines et vallons. Grâce à une glissade amortie sur les fesses je laisse à Fred quelques dizaines de mètres d’avance.

Fred entame la descente

Fred entame la descente

Avec son tendon récalcitrant il maintient une allure tranquille. Je profite que le terrain est sec pour y aller à mon rythme, je l’attendrais un peu plus loin en discutant des avantages de la foulée médio-pied avec une autre concurrente.

Arrive la descente. L’enfer de la descente. J’aime bien prendre le temps d’assurer chacun de mes appuis, ça fait de moi un mauvais descendeur d’une manière générale. Alors quand la pente est recouverte de boue, que le pied glisse à chaque pas ou bute sur une pierre cachée je suis d’une lenteur de gastéropode. J’ai signé ici le kilomètre le plus lent de toute mon histoire de coureur en 29’53".
Fred descend avec beaucoup plus d’aisance et passe son temps à m’attendre. Les participants du 30 km nous dépassent à grandes enjambées et tous nous encouragent d’un « Chapeau les gars, je sais pas comment vous faites. » ou d’une variation autour de ce thème.
Nous rattrapons les cavaliers qui ont emmené le 30 km. Une jument est arrêtée dans la boue à mi-pente et refuse d’aller plus loin. « Elle en a ras le bol » nous confie le cavalier. Comme je la comprends !

Après une éternité j’atteins enfin le dernier secteur bitumé, et nous reprenons notre rythme de footing sur les deux kilomètres qui nous séparent de l’arrivée que nous franchissons côte à côte. Mon Polar ne m’étant pas d’une grande utilité je jette un coup d’œil à l’écran de chronométrage : 3h36. On est probablement bons derniers (les résultats ne sont pas encore publiés au moment où j’écris ces lignes) on est usés par la durée de la course et la difficulté de la pente, mais on pense déjà à l’édition de l’année prochaine !

Le dernier kilomètre

Le dernier kilomètre

Les clés de la course[3]

Distance : 15,9 km
Chrono : 3h36
Dénivelé : 820 m

Profil du trail de la Pointe

Profil du trail de la Pointe


[3]. Il manque sur Strava deux portions du tracé pendant lesquelles j’avais coupé l’enregistrement. J’ai reconstitué le parcours complet sur Openrunner.

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9 réflexions sur “Trail du massif des Brasses 2014

  1. Bravo! Joli trail! J’aime bien quand tu expliques pourquoi tu n’es pas un très bon descendeur… ça m’explique pourquoi je descends vite… j’ai une confiance inouïe en la vie. 😀

    L’expérience semble t’avoir bien plu! A réitéré sur d’autres trails ou celui-ci et son lot de barefooters c’était exceptionnel?

  2. Heureux que ce se soit bien passé, malgré ce km en enfer !
    Ces montagnes me manque et espère être parmi vous l’année prochaine 😉

    • Vous pouvez tous les deux réserver la date du 11 octobre 2015 dans vos agendas. Ça laisse amplement le temps de s’organiser pour y participer.

  3. Frédéric Séguy dit :

    ravis d’avoir partagé cette course avec toi ,a refaire !! je commence a regarder si il y a des trails géographiquement pratique pour nous deux ,sur mars ,avril ou mai !!

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