À ceux qui ont mal au(x) genou(x)

Est-ce qu'on ne met pas la charrue avant les bœufs ? C’est fou le nombre de coureuses et de coureurs qui ont mal au genou en ce moment !
Que ce soit sur les blogs ou dans la « vraie vie » j’ai l’impression d’être entourés de gens qui ont mal au genou. Voire parfois aux deux genoux. Ce qui me stupéfait c’est le diagnostic qui s’ensuit. Invariablement on incrimine l’amorti des chaussures et on préconise de les remplacer. Parfois on imagine aussi compenser la situation en portant une orthèse.

Indépendamment de l’aspect médical, est-ce que l’on ne peut vraiment résoudre le problème qu’en rajoutant du matériel, couche après couche ? Est-ce que ça résout seulement le problème, d’ailleurs ? Ou est-ce qu’on en neutralise les effets sans en éliminer les causes ? Est-ce qu’on est incapable de courir tout simplement ?

Certainement pas. Nos ancêtres couraient bien avant que Nike invente les semelles amortissantes dans les années 70. Ils couraient déjà avant même d’avoir l’idée de protéger leurs pieds par des chaussures.
Alors qu’est-ce qui s’est passé ? À quel moment est-ce qu’on a perdu cette capacité à courir ? Est-ce qu’on est devenus paresseux ? Tellement assistés dans tout ce qu’on fait au quotidien qu’on n’imagine même plus pouvoir se passer d’artifices ?
Dans une interview récente, Manu Pillet[1], coureur pieds nus, a une phrase qui me semble un excellent point de départ pour proposer une approche alternative :

Parfois j’ai envie de dire que ‘je cours’ (point, sans rien ajouter)
et que les autres ‘courent en chaussures’.

Bon, là vous me voyez venir avec mes gros sabots (enfin, façon de parler).
« Il va nous proposer de jeter nos chaussures à la benne et de tous courir pieds nus ».
Point du tout. Je cours pieds nus parce que je l’ai choisi et pour des raisons qui ne s’appliquent pas nécessairement à votre cas à vous. Mais ce choix je l’ai fait. Délibérément.
Est-ce que vous avez seulement choisi de courir en chaussures ? Ou est-ce que c’est un comportement acquis par défaut, par simple mimétisme ? J’ai envie de vous retourner les questions que l’on m’adresse : « Vous courez en chaussures ? Mais pourquoi ? Et ça ne fait pas mal ? »
Ben si ça fait mal, puisque vous avez mal au genou.
Et si ce mal de genou était provoqué non pas par un manque d’amorti des chaussures, ni par un manque de maintien de l’articulation mais tout simplement par une mauvaise foulée ? Est-ce qu’on ne devrait pas commencer par apprendre à courir avant de s’intéresser au matériel avec lequel on court ? On apprend bien à pédaler avant de choisir un vélo et à conduire avant de choisir une voiture.

Comme tout le monde j’ai fait, je fais encore et je ferai toujours plein de choses à l’envers. Je tâtonne, j’expérimente, je me pose des questions.
J’ai eu des douleurs au genou en 2012, pendant la course sur le viaduc de Millau que j’ai terminée en clopinant. Ça m’a empêché de courir pendant pratiquement un mois. Je me suis documenté, j’ai beaucoup lu et j’ai décidé de changer ma foulée. J’ai commencé par faire ce qui me fait réagir aujourd’hui : remplacer mes chaussures. J’ai délaissé l’amorti confortable des Wave Rider pour des Kinvara beaucoup plus raides avec un drop de 4 mm. Puis je les ai abandonnées pour courir pieds nus. Est-ce que ma foulée est meilleure pour autant ? Je n’en sais fichtrement rien. Je prévois justement de me filmer pendant une séance sur piste pour étudier en détail mes mouvements et voir ce qui pourrait être amélioré. Je n’ai pas eu mal aux genoux ces deux dernières années. C’est plutôt satisfaisant, mais je me garderai bien de brandir ça comme une preuve irréfutable de quoi que ce soit. Il se peut tout aussi bien que je me blesse dimanche pendant le semi. On ne maîtrise jamais tous les paramètres.

Mais on peut se poser des questions, porter un regard critique sur notre pratique de la course à pied, se remettre en cause et ne rien considérer comme allant de soi.


[1]. Coureur pieds nus depuis 2005, 32’38 » sur 10 km.

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13 réflexions sur “À ceux qui ont mal au(x) genou(x)

  1. Tiens c’est marrant, mes genoux vont bien.
    Y a quelques temps (mois? années?) j’ai dit à ma mère que j’avais mal au genou, comme « un point » à l’intérieur. Elle m’a répondu « Encore?! Tu t’en plaignais déjà quand t’étais petite… »
    Et là ça m’est revenu d’un coup: Ouais quand j’étais petite, j’avais ce même « point » douloureux dans un genou. Déjà à l’époque, j’en avais parlé à ma mère, qui m’avait dit « Ah c’est comme le fils de Untel, il s’est plaint d’un point dans le bras, et six mois plus tard, il était mort, c’était un cancer. »

    Non seulement j’ai passé six mois persuadée que j’allais mourir, mais j’ai plus jamais parlé mes genoux.:D

    Je t’ai pas trop plombé l’ambiance là dis? 😀

    • Écoute, on ne peut pas se tordre les chevilles à tout bout de champ et en plus se déboîter les genoux. Tes chevilles servent d’amortisseurs, elles absorbent les impacts et protègent tes autres articulations. 😉

      • Mdr, effectivement, c’est ma première ligne! Longue vie à mes chevilles. 😀 (Tenez le coup les filles, j’ai besoin de votre participation au moins jusqu’à fin octobre)

  2. Salut, je fais partie de ceux qui on un problème au genou en ce moment… Mais cela ce soigne… Les coureurs en chaussures aurait-ils tous des douleurs aux genoux ? Je ne le pense pas… Mais que certain coureurs aient des douleurs à cause de chaussures non adaptés à leur pieds ou à leur foulée… Certainement ! Alors il est vrai que dans ce cas, il serait plus logique de courir sans chaussure, plutôt qu’avec une paire qui ne nous correspond pas ou mal 😉 !!!!

    Mais en attendant, je souhaite à tous les coureurs, athlètes, sportifs de garder la santé articulaire afin de pouvoir s’épanouir par la plus belle des façons, c’est à dire, l’action !!!

    • Bien sûr ça se soigne, et tu es bien placé pour savoir ce qu’il en coûte. Opération, des mois d’arrêt… C’est très cher payé pour un simple hobby.
      Selon un article à la une sur Runners.fr, la TFL « est une affection banale du runner » et l’an dernier « 26% des coureurs en ont souffert ».
      Je trouve ce chiffre effarant, et je suis encore plus abasourdi de lire que c’est « banal ». Ça me paraît surtout indiquer un échec lamentable en terme de prévention des blessures. On ne peut pas attendre du matériel dont on s’équipe et plus particulièrement de nos chaussures qu’elles compensent ou corrigent tous nos petits défauts. Je crois que chaque coureuse et chaque coureur devrait arrêter d’attendre des solutions toutes faites. Devrait s’interroger, se documenter, expérimenter pour apporter une solution personnalisée.

  3. Ha ha moi il semblerait que je ne fasse plus partie de cette catégorie de coureur ! ENFIN ! 9 mois de galère à cause de ce fichu genou… Après avoir essayé beaucoup de choses, c’est les injections d’acide hyaluronique qui ont eu le plus d’effet !! En tout cas comme tu dis ça fait réfléchir, je fais les choses différemment aujourd’hui et je prends plus soin de moi 🙂 Courage à tous les blessés !

    • C’est clair que de vivre des mauvaises expériences comme la tienne ou celle de Julien au-dessus ça pousse à la réflexion. Après avoir traversé ça on fait gaffe parce qu’on sait ce qu’il en coûte. Mais quelque part c’est dommage, mieux vaudrait s’en préoccuper avant la blessure. C’est le sens de mon billet.

  4. Bon moi je suis dans une phase de cassage de bras (Les 2 en 2 ans, je vais m’arrêter maintenant) et je ne suis plus concernée par les douleurs aux genoux. Quand j’étais ado j’avais très mal et c’était lié au cartilage de croissance du coup j’étais dispensée de course au collège (si mon prof de gym passe par là « coucou, je cours maintenant »)… J’ai aussi remarqué en essayant des chaussures que je n’aimais pas du tout les modèles présentés comme ayant le plus d’amortis, mais de là à passer au sans chaussure c’est autre chose !
    Je me demande s’il ne serait pas judicieux de muscler son pied comme on fait de la préparation globale pour tout le corps, quelques exercices pour avoir des pieds solides qui permettraient d’éviter de taper sur les articulations…

    • Ça me paraît judicieux aussi. C’est ce que font ceux qui s’essayent à la foulée médio-pied. On trouve tout un tas d’exercices sur le net. Fred Brossard en a parlé sur Runners.fr et pour ceux que l’anglais ne rebute pas il y a plus complet ici par exemple.

  5. Faisant partie des personnes ayant mal au genou, je suis vraiment contente d’avoir lu ton article qui effectivement pose les bonnes questions.
    J’avais vu un reportage, un scientifique spécialisé dans l’analyse de la foulée expliquait que courir pieds nus est – en théorie – ce qui est le plus adapté pour l’homme. Toujours d’après lui, cela expliquait – en partie – les grandes capacités des africains dans ce sport : il semblerait qu’une partie d’entre eux commencent à courir pieds nus.
    Je me dis que mon problème vient peut-être de ma foulée, mais j’ai du mal à imaginer comment on peut « modifier » sa foulée ? Dans le sens où quand je cours je ne réfléchis pas à comment je cours, je cours c’est tout, de façon instinctive et donc non calculée.

    • Tes billets récents sont parmi ceux qui m’ont décidé à publier cet article qui traînait dans mes brouillons depuis un petit moment.
      Bien sûr qu’on peut modifier sa foulée. Enfant, on court intuitivement et naturellement. On a souvent une foulée correcte. Puis en grandissant on court de moins en moins et on marche de plus en plus. À la longue on finit par transposer notre foulée de marcheur à la course : on lance la jambe loin en avant et on pose le talon en premier. Notre instinct de marcheur a pris le dessus.
      Ça nécessite des efforts de revenir à une foulée moins traumatisante. Il faut réapprendre à courir. On trouve une foultitude de références sur internet, avec les mots-clés ‘foulée médio-pied’ ou ‘cycle avant’.

      • C’est vrai, j’ai un ami qui m’a conseillé un jour de ne plus courir talon -> pointe des pieds mais plutôt l’inverse qui est bien moins brutal pour les articulations. J’essaye parfois, mais ça me semble tellement pas naturel que je n’arrive pas à rester longtemps comme ça. Je vais quand même me renseigner, comme tu le dis il faut du temps et de la patience pour modifier sa foulée !

  6. NaitreGitan dit :

    Pour parler de mon expérience, je souffle de « tendinites rotuliennes » aux deux genoux depuis 6 ans et demi…Cela s’est déclenché après avoir pratiqué le badminton pendant 3 mois et depuis, je ne m’en suis jamais débarrassé. J’ai même arrêté le sport complètement pendant 1 an…cela n’a absolument rien changé (ce qui me fait dire que le sport n’est pas la cause du problème). Aujourd’hui (un an d’effort et surtout de patience), après une perte de poids importante (13kgs), de l’acupuncture, des étirements quotidiens, kinésithérapie viscérale, cela va beaucoup mieux mais elles sont toujours là et ça reste fragile. J’ai recommencé à courir depuis 2 mois et demi avec une approche minimaliste/Pieds nus. Je ne sais pas si c’est la solution mais tout ce que je peux dire, c’est que je n’ai plus mal en commençant ma sortie, pendant et après…alors qu’avec mes baskets « classiques », les premiers kms étaient très difficiles, mais une fois chaud, la douleur partait.

    Et il est vrai que quand on galère avec des pépins de santé, on est très prudent, on passe son temps à se documenter, à tester de nouvelles choses…

    Je reste confiant, je me débarrasserai de ces foutues tendinites 🙂

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