1000 bornes

IncrevableMille bornes !
C’est la distance que j’ai courue pieds nus.
1 003 km même si l’on en croit la feuille de calcul dans laquelle je répertorie toutes mes sorties. À la précision du GPS près.
Bon, ce n’est jamais qu’un nombre, penseront certains. Pourquoi est-ce qu’on devrait s’enthousiasmer pour 1 000 plus que pour 1 728 ?
Primo, ce n’est pas ‘juste un nombre’. Il a fallu les courir un par un ces kilomètres. Deuxio, mille est un nombre particulier dans notre système de numération décimal. Si on avait 6 doigts à chaque main j’aurais probablement écrit un article à 1 728 km (123) plutôt qu’à 1 000 (103). Tertio, j’ai un faible pour les nombres. Donc je vais me complaire à en énumérer d’autres.

140

En un peu moins d’un an il m’aura fallu 140 sorties pour atteindre ce kilométrage, dont 20 effectuées en partie chaussé et en partie pieds nus, principalement au début de ma transition.
En comparaison je n’ai jamais atteint 90 sorties ni 800 km avec une paire de chaussures.

7,2

La distance moyenne en kilomètres parcourue à chaque sortie pieds nus. Même si une moyenne ne signifie pas grand chose car les disparités sont assez importantes entre la sortie la plus courte, 530 m un jour de moins bien, et la plus longue, 24,7 km dimanche dernier.

–3

La température minimale en degrés Celsius que j’aie eu à affronter.
Enfin, affronter est un bien grand mot, j’y suis quand même allé de mon plein gré. À deux reprises.

3

Le nombre d’éclats de verre sur lesquels j’ai malencontreusement posé le pied.
C’est un risque inhérent, et même si c’est très loin d’être aussi fréquent qu’on l’imagine, ça arrive.
J’ai aussi à mon tableau de chasse deux petites coupures au pli d’un orteil, deux échardes, un scalp du gros orteil, quatre ampoules et une bonne vingtaine de bleus.

Des dizaines…

…de questions de la part de curieux. La plus insolite étant « qu’est-ce que ça soigne ? »
…de remarques le plus souvent faites dans mon dos, après que j’ai croisé un groupe.
Quelques conversations suspendues pendant une dizaine de secondes aussi. Très amusant !
Des dizaines de sourires, parfois moqueurs.
…de regards intrigués, incrédules ou interloqués.
…de gestes ou paroles d’encouragement aussi, essentiellement dans des lieux isolés. La foule semble imposer le silence et une feinte indifférence.
Quelques rencontres fugaces mais sympathiques. Quelques mots échangés, quelques explications lancées à la volée.

Le plaisir que j’y trouve est quant à lui infini. Sentir la rugosité du revêtement, sa température, sa souplesse ou sa dureté aussi, c’est incomparable. Se sentir en prise directe avec le chemin. Se sentir vivant. Je suis pas doué pour décrire les sensations ni les sentiments, mon truc à moi c’est les chiffres. Mais je ne remettrai des chaussures pour rien au monde.

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21 réflexions sur “1000 bornes

    • Voire un écart d’arrondi. Parce que 7,164 km de distance moyenne c’était un peu too much étant donnée justement la précision du GPS. 🙂

  1. Mais tu as bien raison de mettre des chiffres si tu en as envie!
    C’est marrant je pensais que ça c’était quand même « populariser » la course pieds nus, mais quand je te lis j’ai l’impression que c’est toujours vraiment insolite pour beaucoup de gens. Je me disais ça déjà au début quand je te lisais, et j’ai l’impression que ça n’évolue pas en fait pour le monde extérieur. 😀

    Félicitations pour tes 1000bornes!

    • Popularisé ? On est loin du compte. Même dans le milieu de la course à pied ça reste une pratique borderline. Je suppose que les quelques personnes qui croisent régulièrement des coureurs pieds nus s’accoutument au fil du temps (comme toi qui lis mes péripéties depuis des mois), mais pour celui qui court chaque sortie est un éternel recommencement.

      • Ouais je sais… c’est mon côté « tellement ouverte d’esprit » que je crois qu’on laisse les gens faire ce qu’ils veulent tant qu’ils ne font de mal à personne sans se choquer pour autant. Je suis d’une naïveté parfois…

        Bon heureusement que c’est toi et pas moi qui court pieds nus, parce que je finirai par leur coller des baffes, aux gens qui me posent des questions. 😀

  2. guénial !
    donc toi aussi tu as eu le droit au bout de verre… j’aime à croire qu’avec l’expérience, on apprend (le corps et l’esprit) inconsciemment à éviter ces soucis, on en reparle dans un an.
    les échardes moi je les compte par centaines, il y a des chardons sur mes sentiers, ça n’est plus de la réflexologie plantaire, c’est de l’acupuncture hahaha

    • Jason Robillard avance dans « The Barefoot Running Book » la théorie selon laquelle on développe avec l’expérience une capacité à scanner très rapidement du regard le sol au-devant de nos pas et construire une carte cognitive que l’on utilise inconsciemment pour éviter les obstacles. Et c’est vrai qu’après presque un an et un millier de kilomètres je ne regarde plus le sol constamment comme au début, et je ne marche pas pour autant sur plus de gravillons, de branches ou autres.
      Après mon semi de la mi-avril je me mettrai à courir sur de la caillasse, ça va être une autre paire de manches.

      • oui quelque chose comme ça j’en suis sur. je pense aussi qu’avec l’expérience le pied réagit mieux aux pépins, s’il marche sur un imprévu spontanément il saura minimiser les dégâts… KB Saxton (et Karuiashi itou) invite à aller courir la nuit dans le noir pour développer une sensibilité accrue des pieds, au lieu de faire confiance aux yeux et au cerveau

  3. À force d’indenter les réponses ça va vite devenir illisible. Hop, de retour en pleine largeur.
    Pas besoin d’avoir tout lu pour commenter. J’ai pas non plus tout lu sur ton blog :D.
    Et c’est un billet de Karuiashi qui avait semé cette graine du courir-la-nuit dans ma p’tite tête.

    • Le fait de ne plus voir ses pieds en courant de nuit même avec une frontale – on est surtout concentré sur ce qui se passe devant à hauteur d’yeux avec une frontale et aussi enfermé dans un tunnel – développe le sens du toucher par les pieds.

      Selon moi, ça se passe en trois temps.

      Premier temps, le pied atterri au sol en décélérant au moment de l’impact – c’est très subtil et très rapide – et touche très finement la surface du sol, il goûte en une fraction de seconde et envoie tout ça au système nerveux central qui analyse et donne ses directives à la vitesse de l’influx nerveux en retour.

      Deuxième temps, le pied se pose franchement au sol en fonction de ce qu’a donné le premier temps. Plus ça pique plus le corps s’allège; les appuis sont variés, la foulée est rapide et courte, plus c’est mou plus les appuis sont larges et stables la foulée régulière, si c’est boueux et glissant, le corps s’apprête à anticiper la perte d’adhérence, les appuis transmettent peu de puissance, les articulations du reste du corps font offices de tampon comme une transmission intégrale contrôlée électroniquement sur une voiture moderne quand la route est glissante.

      Troisième temps – parce que le pied n’est pas infaillible et qu’il apprend tout le temps en se faisant une carte mémoire de toutes textures rencontrées – la capacité à ajuster en temps réel et rapidement toute erreur d’appréciation.

      C’est une mécanique très pointue, de l’horlogerie organique qui lorsqu’elle est développée et entraînée régulièrement fait du corps humain un véhicule particulièrement fiable et agréable à occuper.

      Le problème du regard au sol avant de le fouler, c’est que c’est de l’information subjective et suggestive, le cerveau invente la sensation à venir et provoque des postures qui peuvent provoquer une raideur subtile qui va suffire à rendre l’impact plus fort et provoquer des sensations désagréables.

      De mon point de vue, pour courir pieds nus facilement sur tous types de terrains, il faut être très détendu et lâcher prise.

    • Faut essayer pour se faire une idée 😉
      Et bien sûr que si, je pose le talon. Ça m’arrive même de poser le talon en premier, surtout quand les muscles des cuisses commencent à tirer. Mais l’objectif est de poser soit exactement à plat (pas facile à réaliser), soit de poser l’avant-pied d’abord et le reste ensuite.
      Si tu ne connais pas déjà, va faire un tour sur le site de la Barefoot Runners Society, il y a beaucoup de coureurs minimalistes, quelques pieds nus et c’est ce que j’ai trouvé de plus complet comme forum sur le sujet.

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