Au clair de la lune…

Mardi

De retour à Rodez pour une semaine, je n’ai pas une grosse envie d’aller affronter la pluie, la nuit et une température de 5°C. Mais j’ai envie de courir, alors j’hésite, je tergiverse. En fin de compte je préfère terminer le bouquin de Jason Robillard.

Jeudi

Il est 21h19, je sors du resto et sur le chemin de l’hôtel je note que la pluie a cessé et qu’il n’y a pas un brin de vent. Les 2°C ambiants ne seront donc pas un problème, c’est le moment idéal pour aller courir. Vingt minutes plus tard je déclenche le chrono et commence à suivre la piste cyclable en direction de Vabre. Arrivé au dernier lampadaire je réalise que la clarté de la lune, même occultée par les nombreux nuages est largement suffisante pour poursuivre sur la section non éclairée. La teinte plus foncée des bords herbeux tranche assez nettement avec le revêtement clair de la piste, et je peux facilement suivre le ruban de bitume sans risquer de tomber dans la rivière trois pas sur ma gauche.

Pleine lune

Non, la photo n’est pas de moi [1]

Un bip faiblichon à mon poignet signale le premier kilomètre. Déjà ! Je n’ai pas vu passer ces 7’30 ». Étrangement les gravillons et petites branches ne sont pas un problème. Ma foulée est courte, ma cadence élevée et je ne reste jamais en appui suffisamment longtemps pour que leur contact soit douloureux. Les voitures qui circulent plein phares sont beaucoup plus gênantes. Je décide de fermer les yeux à leur approche. Je cours déjà de nuit sans lumière, si en plus je ferme les yeux ça ne changera pas grand-chose.
Là je constate que c’est plus difficile que ce à quoi je m’attendais. Croyant courir tout droit je dévie en fait très vite vers la droite. Quand je tente de compenser je dérive encore plus rapidement vers la gauche. Je note de réitérer l’exercice pour travailler la perception de l’espace. Il y a du boulot à faire de ce côté-là.

J’atteins bientôt le parc de Vabre, à trois kilomètres de mon point de départ. Je n’ai jamais dépassé ce point, il est hors de question que j’explore de nuit des chemins inconnus alors que je n’ai avec moi ni lumière ni chaussures : tout est resté dans la voiture. Je fais donc demi-tour.
Ça fait déjà plus d’une demie heure que je cours, les sensations sont excellentes, mon allure est lente mais constante à 8′ /km environ. Pendant que les jambes moulinent, la tête a tout le temps de penser. Je suis stupéfait par le déroulement cette sortie. Rien de tout ça n’était prémédité, j’ai simplement suivi une idée subite et c’est quasiment une révélation.
Je réfléchis déjà à ce billet et je me demande ce que je penserais si j’étais le lecteur. Un gars qui court pieds nus, par 2°C, de nuit et sans lumière d’appoint. Présenté de cette manière réductrice je lui recommanderais volontiers une grande chemise blanche avec des manches qui se nouent dans le dos. Ou au minimum quelques séances sur le divan à raconter tout ce qui ne va pas à un barbu binoclard silencieux. Sauf que tout va bien. Très bien même. À tel point que le cartésien obtus que je suis a renoncé à intituler ce billet sobrement ‘Sortie n°426’, lui préférant les paroles d’une chanson enfantine. Je me shoote aux endorphines. Une prise de sang faite à cet instant échouerait à tous les contrôles anti-dopage.

Lorsque je passe à hauteur de ma voiture le chrono affiche 51′, je décide de poursuivre tout le long de la zone éclairée et d’ajouter ainsi deux bons kilomètres au compteur.
Au total je cours un peu plus d’une heure, à peine 8,2 km mais des sensations extraordinaires. Promis je vais surveiller les phases de la lune et remettre ça fissa.


[1]. La qualité des photos de mon smartphone ne permettrait pas de distinguer de nuit la pleine lune d’une pizza, donc j’ai emprunté une photo libre de droit. © erdenebayar

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4 réflexions sur “Au clair de la lune…

  1. Jolie sortie ! Effectivement, la perception de la course doit être différente dans la pénombre. J’aime ta façon de voir la course à pied, le plaisir, le plaisir et le plaisir !!

    Je profite de mon commentaire pour te dire que je me suis rendu compte que je courrai avec mes chaussures en me réceptionnant médio-pied, sans doute à cause de mes 15 ans d’échauffement pieds nus sur des tatamis… Je multiplie pour le coup les foulées, comme toi !

    • Ce sera mon leitmotiv pour cette année : ne courir que pour me faire plaisir.
      Bien pour la foulée médio-pied ! Donc t’as des chaussures avec un drop réduit ?

    • Hmm. Ça fait 12 mm ça. Si t’as l’occasion essaies de faire quelques hectomètres avec du 8 mm voire du 4 mm. Tu devrais apprécier la différence.

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