10 km de Toulon 2013

6h45

Le réveil sonne, c’est le grand jour. Ce matin je cours ma première course pieds nus. Lever aux aurores, petit-déjeuner avalé deux heures avant la course, un quart d’heure de voiture. Je me gare à proximité du départ. Je n’ai pas vraiment envie de traîner pieds nus pendant une heure et demie, donc j’ai chaussé mes Kinvara pour l’occasion. Comme ça je passe inaperçu, du moins pour l’instant.
Au gymnase je retire mon dossard et la puce à fixer… aux lacets. Ça c’est réglé, je ne serai pas chronométré et donc absent du classement officiel.

8h43

Il est temps de s’échauffer un peu. J’ai remplacé les Kinvara par les Zemgear et tout de suite ça attire plus les regards. Mais ni commentaire ni question pour l’instant. Je fais le tour du pâté de maisons en plaçant quelques accélérations pour faire monter le cardio et solliciter les mollets.
En revenant vers le départ, je repère un gars pieds nus sur la pelouse. Je l’examine plus attentivement : il a un dossard épinglé sur le t-shirt donc il court. Mais il n’a pas de sac sur lui, ni à proximité, serait-ce un barefooter ? Il a ses écouteurs dans les oreilles et a l’air de chercher à rester seul, il change de direction dès que ses pas le rapprochent d’un groupe. J’en meurs d’envie mais je choisis de ne pas aller l’aborder, je ne veux pas le déranger. J’ai encore les Zemgear aux pieds, je chercherai une autre occasion plus tard quand je serai pieds nus et qu’il pourra m’identifier comme barefooter.

8h55

Je rejoins le fond du peloton, déchausse mes Zemgear et les range dans le sac que je porte sur le dos. Dix secondes plus tard je suis déjà en pleine conversation avec deux gars, deux frères vraisemblablement qui participent à leur première course. Et on discute de… mes pieds nus. À trois mètres de là une coureuse appuyée sur une barrière ne perd pas une miette de nos échanges.
Le barefoot intrigue semble-t-il.
On est à trois minutes du départ et le barefooter au t-shirt vert rejoint à son tour l’arrière-garde. Je fausse compagnie à mes interlocuteurs et vais lui serrer la main. Il enlève ses écouteurs et on tape la discute pendant deux minutes. C’est sa première course à lui aussi, il s’aligne sur le 5 km ‘pour voir ce que ça donne‘. C’est fou comme ça change tout d’être deux et non plus un. On passe du statut d’hurluberlu qui fait l’attraction à celui de membre d’une tribu. Bon, une petite tribu certes, mais une tribu tout de même puisqu’on a des codes en commun. Un code vestimentaire en l’occurrence. Merci à toi, dossard 1856, au plaisir de te croiser de nouveau bientôt.

8h59

Déjà le départ, je démarre avec regret, j’aurais bien papoté plus longtemps (mais on s’est bien rattrapés après la course). Je déclenche le chrono au passage de la ligne et commence à remonter le peloton en me faufilant entre les coureurs.
‘1856’ est parti plus vite que moi et je profite des commentaires suscités par son passage.
« Regarde, il court pieds nus ! Gaffe aux clous tu vas crever ! ».
Je suis juste derrière le gars qui dit ça, en le dépassant je rétorque « Pas grave, je suis le véhicule d’assistance j’ai des pieds de secours ». Il regarde mes pieds « Mince, toi aussi t’es pieds nus ? ». Ça chambre gentiment.

9h05

Le troupeau remonte la rue de l’amiral Jaujard. J’entends un premier cardio-fréquencemètre biper, bientôt suivi par un autre, puis encore un autre. On a dû parcourir le premier kilomètre, ma montre affiche 5’10 ». Je suis parti un peu plus vite que prévu mais rien d’irrémédiable.
J’arrête de doubler et j’essaie de me caler sur le rythme des gens qui m’entourent. Le marquage au sol semble assez aléatoire. Je vois le km 12 puis le 13, mais ça c’est pour ceux qui courent le semi et font deux tours. Je n’ai vu ni le 1 ni le 2.
Un trio me dépasse, je reconnais les gars du « Gaffe aux clous tu vas crever ! ». L’un me lance « Déjà mal aux pieds ? ». Au même moment j’aperçois des débris de verre une vingtaine de pas devant. Un coureur les piétine lourdement, un des chambreurs alerté par le bruit se tourne vers moi et hurle « Attention ! ». C’est sympa de s’inquiéter pour moi.

9h15

Le troisième kilomètre est marqué au sol, enfin ! J’y passe en 15’52 », soit 5’17 » /km. Je suis plutôt surpris d’être aussi proche de l’allure visée avec aussi peu de repères. Les sensations sont très bonnes, je décide de ne rien changer.

9h18

Un premier ravito sur le bord de la piste cyclable, je sais avoir un peu d’avance donc je m’autorise à lâcher une vingtaine de secondes en marchant pendant que je bois l’eau du gobelet. Quand je passe sur le gros chiffre 4 tracé en orange fluo sur le sol ma montre affiche 21’26 », ce qui donne 5’21 /km de moyenne. Pile poil l’objectif.

9h25

Le cinquième kilomètre est aussi indiqué au sol, décidément le marquage est faste au niveau de la piste cyclable. 26’47 », je suis toujours dans le rythme même si je souffle un peu plus fort maintenant que la pente se fait plus marquée.
Le sac à dos commence à me couper la circulation dans les bras. Il faut vraiment que j’arrête de trimballer mes chaussures sur mon dos ‘au cas où‘ alors que je ne les mets de toute façon jamais.

9h36

Depuis le km 5 la montée est quasi continue, à peine interrompue par quelques faux-plats. Je n’ai pas vu de marquage pour le sixième kilomètre, et au vu du chrono je dois approcher du septième. Voilà déjà un second ravitaillement. Comme pour le premier, je prends le temps de marcher en buvant.
La circulation n’est pas coupée sur la corniche. Un simple couloir (une voie cyclable je suppose) nous est réservé, délimité par des cônes orange et le bitume y est plutôt inégal et assez râpeux. Je cours autant que possible sur les lignes blanches ou sur le trottoir.

9h43

Le septième kilomètre n’était pas indiqué non plus. Je passe le huitième en 44’10 », soit 5’31 /km.
La montée a été beaucoup plus longue que ce à quoi je m’attendais. Lors de la reco il y a deux semaines on est partis sans y faire gaffe du milieu de la montée. Certes on a bouclé le parcours entier mais on a coupé la montée en deux. Une partie pour commencer la reco, une autre pour la terminer, et du coup on a mal estimé la difficulté. J’y laisse une minute environ que la descente plutôt raide ne me permet pas de rattraper. Sur ce trottoir rugueux je n’ose pas dérouler, je tente au contraire de conserver une foulée relativement courte mais en augmentant la cadence.

9h54

Enfin le chiffre 10.
Le chrono indique 55’26 », ce qui signifie que j’ai amélioré mon meilleur chrono sur la distance de quinze secondes. Malgré les pauses aux ravitos et le léger dénivelé positif entre le km 5 et le km 7. Le moral est au beau fixe, mais la plante des pieds chauffe un peu. Du coup j’attends vraiment les trois cents derniers mètres pour accélérer, juste pour m’assurer de passer la ligne en moins d’une heure.

9h58

Mon chrono affiche 59’05 » quand je l’interromps. Je n’aurais pas parié sur un tel temps au moment du départ. 1h02 ou 1h03 m’aurait amplement satisfait.
Après l’arche gonflable je récupère le t-shirt technique offert à tous les arrivants, un sac à dos estampillé ‘semi-marathon de toulon‘ et je rends la puce qui, dans ma poche de ceinture, ne m’a été d’aucune utilité.
De l’autre côté des barrières ‘1856’ a chaussé des Adidas vertes comme son t-shirt. On discute un bon quart d’heure avant que je n’aille me désaltérer et grignoter quelques carrés de chocolat.

Conclusion

Tout ça s’annonce plutôt bien pour la course de Tamaris dans deux semaines. L’allure de 5’21 /km semble un objectif raisonnable, l’échauffement de la plante des pieds est plus important que lors de tous mes entraînements, je m’y attendais, mais neuf heures plus tard alors que j’écris cet article, tout est redevenu normal. Bien que je m’attende à ce que les mollets se manifestent au lever demain matin.
Cerise sur le gâteau j’ai rencontré un autre barefooter.

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11 réflexions sur “10 km de Toulon 2013

  1. Très grand bravo pour ta première course pieds nus ! Deux conseils à te donner : pour porter les chaussures, pense à adopter des huaraches, que tu pourras enrouler dans une banane porté autour de la taille. Ça pèse pas lourd, ça peu dépanner, et c’est une excellente « chaussure » pour courir une fois qu’on s’y est habitué …

    Sinon, pour la puce, tu peux utiliser une lanière avec un scratch, qui te permettra de porter ta puce à la bonne hauteur… C’est discret mais efficace.

    Bonne récupération,

    Christian

    • Merci pour tes conseils avisés. Je note l’astuce du velcro, je m’en servirai sur les prochaines courses. Quant aux huaraches pour l’instant j’ai du mal à me faire à l’idée. Faudrait que j’essaie d’en bricoler pour voir ce que ça donne, mais ça me paraît plus une gêne qu’autre chose.

  2. Bravo! J’attendais de voir ce que disait cette première course sans godasse et finalement ça s’est super bien passé, donc c’est cool pour toi!
    Je pensais que le barefoot était un peu plus connu que ça. A force de lire des choses là-dessus je pensais que c’était rentré dans la norme, pas dans le sens où il y a autant de pratiquants que pour la course en chaussure, mais dans le sens où on sait que ça existe et que n’importe quel coureur peut vouloir faire la transition un jour ou l’autre. Mais je suis un peu naïve sur ce coup-là.
    Vivement le prochain 10km maintenant 😀

    • Il y a bon nombre de gens qui ont entendu parler du barefoot, mais bien souvent par des articles ou des reportages dont le but est d’attirer l’œil du lecteur/téléspectateur. Donc sous l’angle du sensationnel parce qu’il faut que ce soit vendeur. On reste quand même largement considérés comme une bande d’hurluberlus new age et farfelus mais heureusement inoffensifs.
      Mais les gens sont curieux, donc on en discute et ça ça peut faire progresser les choses.

  3. kutne dit :

    Bien joué Monsieur Lambda, ca fait un bail que j’ai pas fait de 10km en compét, ca me donne envie de m’y remettre pour voir, mais si y’a du semi je craque toujours.
    Sympa ton CR détaillé en tout cas 😉
    La bise

    • Jamais fait de semi pour ma part. J’ai brûlé les étapes je suis passé de 10 à 42. Mais maintenant, pieds nus, je vais probablement y aller plus doucement et faire du semi. Merci d’être passé. Tu tiens le bon bout pour Lyon !

  4. Là je dois dire que je suis hyper impressionné par le rythme tenu pied nu ! Ca me paraît déjà surréaliste de faire 10 bornes comme ça, mais en plus à ce rythme, chapeau !

    • Ça paraît peut-être impressionnant vu de l’extérieur, mais le plus compliqué c’est la transition de heel strike vers forefoot strike et son impact sur les mollets et tendons d’Achille. (Ça tu l’as déjà entrepris si je ne m’abuse).
      L’absence de semelles c’est facile à gérer, il suffit d’y aller progressivement pour que la peau ait le temps de s’épaissir.
      Ça c’est impressionnant par contre : http://vimeo.com/69174494

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