De la qualité de vie des gastéropodes

Escargot

Il a plu toute la journée sur Rodez. Une pluie fine et drue qui ne m’a pas empêché d’aller user mes semelles sur la piste cyclable devenue mon parcours habituel.
Mon moment de détente après une longue journée de boulot.
Les escargots et les limaces n’ont pas eu peur de la pluie non plus, c’est même plutôt l’inverse. Ils sont nombreux à traverser le bitume ce soir. Au moment où mon Forerunner bipe les 2 km j’en évite un de taille respectable qui traverse nonchalamment la piste. Comme je l’ai vu assez tard je me fais la réflexion que je n’aimerais pas en écrabouiller un gros comme ça pieds nus. Puis je l’oublie aussi vite.

Je fais demi-tour à 3,5 km, la météo n’incite pas à courir vraiment longtemps. Quand le bip signale 5 km je suis revenu au même endroit et je croise de nouveau le même escargot – sa taille interdit de le confondre – toujours occupé à traverser la piste.
Et là ça m’interpelle. Je sais d’après les bips du GPS que j’ai parcouru 3 km et environ 18 minutes se sont écoulées. Pendant ce laps de temps le colimaçon a progressé de seulement un mètre cinquante. Peut-être deux mètres. Ça fait une vitesse entre 6 et 7 m/h. Ou une allure de 150 min/km, ça parlera aux runners. Plus de quatre jours (et quatre nuits) pour couvrir la distance d’un marathon !

Ça m’a renvoyé à ma propre allure. Au fait que j’ai parcouru un trajet 1 500 fois plus important pendant le même laps de temps, et malgré ça je suis de nouveau au même endroit que cet escargot. À quoi ça m’a servi ? Est-ce que j’ai simplement gaspillé de l’énergie pour parcourir 3 km et revenir là où j’étais déjà ? Après quoi je cours en fin de compte ?
Est-ce que les gastéropodes ne seraient pas les plus malins dans l’histoire ? Ils ne se pressent pas, font les choses à leur rythme, à leur manière et ne doivent de compte à personne. C’est pas justement ce après quoi nous courons tous ? Prendre le temps de faire les choses comme on l’entend sans pression extérieure ?
J’avoue que tout ça m’a traversé l’esprit pendant une quinzaine de secondes. Puis l’automatisme a repris le dessus. Pied droit, pied gauche. Garder le dos droit, ne pas se pencher en avant. Pied droit, pied gauche. Soulever les pieds, ne pas se propulser. Pied droit, pied gauche. Essuyer les gouttes de pluie sur les verres des lunettes.

Après-demain je retourne courir comme prévu. Il devrait faire beau temps, je ne verrai pas d’escargot.

Publicités

5 réflexions sur “De la qualité de vie des gastéropodes

  1. Tu vois un escargot, ça te fait faire des calculs!
    Déformation professionnelle: je vois un escargot, je l’aide à traverser pour qu’il se fasse pas écraser. (ouais, animalière, ouais) mais jamais, ô grand jamais, ça ne m’incitera à faire des calculs. 😀
    Fais bien attention de n’en pas tuer!

  2. Je pensais être du genre à me poser des questions existentielles un peu tout le temps mais tu m’as l’air d’être un sacré spécimen aussi ! Mais tu crois que l’escargot il aura un aussi grand kiff que toi à la fin de son marathon de 4 jours ? Pas sûre, pas sûre …

  3. Hmm. Comment dire ?
    L’hiver, quand je cours avant le lever du soleil et qu’il a plu la veille, ce n’est pas rare que j’entende un craquement sec sous ma chaussure.
    Mais ils ne souffrent pas, la douleur est une sensation trop complexe pour leur système nerveux sommaire. Et ils n’apprécient donc pas leurs marathons à leur juste valeur (j’ai corrigé ta phrase et supprimé ton second commentaire).
    Au final je n’envie pas du tout les escargots, hein !
    Mais j’aime bien courir entre autres parce que pendant que les jambes moulinent, la tête a tout son temps pour penser à des trucs auxquels on ne penserait jamais autrement.

  4. J’arrive de chez lourditax. Décidement, ce soir c’est de surprise en surprise !
    Si un jour l’idée saugrenue te vient de tenter un truc un peu plus long que d’habitude (les barbares appellent ça l’ultraendurance), tes sens vont amplifier encore plus ce que tu vis au travers de tes sorties. Et il ne serait pas surprenant de te voir engager la conversation avec le gastéropode. Sur qu’il a des trucs passionnants à raconter !
    Quoi ? Ok ! On s’en fout de l’escargot…
    Bref, la course à pied à ceci de magique qu’elle nous rapproche de la vie.

    • Si je me souviens bien de mon état de fatigue physique et nerveuse à la fin d’un marathon, effectivement en passant du côté de l’ultra on doit se voir faire des trucs bizarres.
      Mais le jour où je peux engager la conversation avec un escargot tout en courant, promis j’arrête de courir. Pas parce que je serai complètement barré, mais plutôt parce que j’aurai sacrément perdu côté vitesse. 😀

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s