Running barefoot

Barefoot

Je sais running barefoot c’est de l’anglais. Mais comment est-ce qu’on dit en français ?
Selon Wikipédia, c’est la ‘course à pied pieds-nus’. D’abord ‘pieds nus’ ça n’a jamais pris de trait d’union. ‘Nu-pieds’ oui, mais pas ‘pieds nus’. Ensuite la répétition du mot ‘pied’ est assez disgracieuse. Autant dire la ‘course pieds nus’ non ?
Mais le gros avantage de la version anglaise, c’est que c’était une occasion toute trouvée pour introduire mon article.

Or doncques je me mets à courir pieds nus. C’est très très récent mais j’aurais du mal à expliquer comment j’en suis venu à quitter parfois mes chaussures. Ce que je sais c’est que les ampoules héritées du marathon le mois dernier m’ont fortement gêné en frottant à l’intérieur des chaussures, et pendant deux bonnes semaines je me suis déchaussé à la moindre occasion. Je crois que c’est l’étincelle qui a fait déborder le vase. L’habitude s’est vite installée. Quitter les chaussures à la maison. Puis au bureau. Puis en rentrant de courir. De là à les enlever avant même d’avoir fini de courir il n’y avait qu’un pas, vite franchi.

Les avantages et les inconvénients

Évidemment j’ai gouguelé sur le sujet, et comme pour beaucoup de pratiques somme toute marginales les avis sont assez radicaux. D’un côté ceux pour qui les chaussures empêchent de courir de façon naturelle et qui voient la course pieds nus comme une libération et un retour à la vraie nature de l’homme ; de l’autre ceux pour qui courir sans chaussures est une ânerie sans nom, synonyme de risques de blessures diverses et variées. Ok. Je laisse les ayatollahs de chaque bord à leurs opinions respectives et je m’en tiens à la règle ancestrale du bon sens : ouille = pas glop. Si je sens que quelque chose cloche je n’insiste pas. Si je suis fatigué je me repose. Si je me blesse je me soigne.
Le seul risque incontestable est celui d’une blessure externe – on pense bien sûr au morceau de verre tranchant sur lequel on poserait le pied – mais la parade est évidente. Garder les yeux ouverts et anticiper au moins quelques pas à l’avance, éviter les revêtements qui peuvent masquer des obstacles et les endroits / les moments où la luminosité est insuffisante.
Dans la liste des inconvénients je ne mentionne pas le fait qu’on se salisse la plante des pieds, hein, le savon fait des miracles.

Le regard des autres

Difficile d’y échapper. En fait je devrais dire les regards au pluriel. Il y a le simple coup d’œil prolongé l’air de rien, le plus fréquent. Il y a le regard surpris, qui est passé une première fois lentement, sans voir, puis qui revient se fixer sur les pieds nus quand l’info arrive au cerveau. Il y a le promeneur qui s’arrête ou l’automobiliste qui freine et se retourne pour vérifier qu’il n’a pas la berlue. Par moments je me demanderais presque si je ne me suis pas trompé, si je n’ai pas gardé mes chaussures aux pieds et rangé mon short dans mon sac à dos.
L’été sur la plage ou dans un parc personne ne ferait attention. En zone urbaine j’ai l’impression de klaxonner en courant, ou de brandir un panneau. Non pas que le regard des autres m’importe en soi, ce qui me dérange plus c’est le fait qu’il y ait un regard des autres. Ne pas attirer l’attention serait plus agréable que cette visibilité soudaine, je classe ça dans les inconvénients.

Les sensations

La sensation qui s’impose dès le premier pas c’est la légèreté. Il faut dire que là où les fabricants s’évertuent à chasser les décagrammes pour produire des chaussures qui pèsent au final entre 200 et 300 g chacune, la course pieds nus élimine d’un seul coup ce demi-kilo de poids excédentaire. Et pas n’importe où ! Une livre de gras autour du bide c’est tout près du centre de gravité et ça ne coûte pas grand chose à transporter. Le même poids sur les pieds, qui sont par nature la partie la plus mobile quand on court, c’est une autre affaire en matière de dépense énergétique.
Ensuite il y a le toucher. On sent les changements de texture du revêtement : la granulosité du vieux bitume, le chatouillis de l’herbe, l’angulosité des graviers. Les différences de température aussi, je suis surpris par l’amplitude thermique à chaque fois que je passe sous un pont.
Enfin il y a la ‘proprioceptivité’, « la sensation que l’on a de son propre corps ». Je ne suis pas sûr d’utiliser le bon mot, ni d’avoir tout à fait compris ce qu’il recouvre, et je ne suis pas sûr non plus d’arriver à expliquer correctement ma pensée. Avec ça on est bien barrés, me direz-vous ! L’idée c’est qu’à chaque moment de la course, quand je pose le pied pour prendre mon appui ou quand je le relève pour me propulser vers l’avant, j’ai l’impression d’être entier. De ne faire plus qu’un avec moi-même.
Dit comme ça c’est con, hein ? Je ressens le travail d’ensemble de tous les muscles, tendons et articulations. Les orteils qui quittent le contact avec le sol, le mollet qui se contracte pour étendre le pied, le genou qui plie, le quadriceps qui soulève la jambe, le haut du corps qui compense le transfert d’appui et maintient le centre de gravité. Bien sûr on ressent tout ça aussi avec des chaussures, mais de manière beaucoup plus atténuée. Pieds nus on se sent vivant.
Vous voyez, je vous avais prévenus, je ne suis pas foutu d’expliquer correctement.
Il ne vous reste plus qu’à essayer pour vous faire votre propre idée de la chose…

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