Bandol Classic

Bandol Classic 2014

La descente du RoustagnonPlantons le décor. Pour cette dixième édition de la Bandol Classic on attend pas loin de 1 300 concurrents dont une bonne proportion seront déguisés. C’est le point d’orgue d’un week-end festif comprenant 4 courses au total, avec une ambiance du tonnerre et une organisation au top.
J’ai pris le départ en 2011, 2012 et 2013 (chaussé) et cette année je tente l’aventure pieds nus. Et ‘aventure’ n’est pas un vain mot.
Les 9 km de bitume ne présentent pas de difficulté même si par plus de 30°C (le thermomètre de la voiture affichait 34°C) ça devient plus compliqué à gérer.
Quant aux 3,6 km de sentier au milieu du parcours, ils combinent la quasi-totalité du dénivelé (210 m) avec le terrain le plus difficile composé de cailloux de toutes tailles.

16h50

Je suis largement en avance pour un départ prévu à 18h00, je m’assieds à l’ombre d’un platane sur les marches de l’esplanade et très vite je commence à taper la discute avec mon voisin. Il est venu avec son club et ne connaît pas le parcours. Après mes quelques explications son chrono visé de 1h00 lui paraît moins réaliste. Comme d’habitude je n’ai relevé ni son prénom ni son numéro de dossard donc je n’ai aucune idée de comment sa course s’est passée.
Même à l’ombre il fait horriblement chaud et je commence à boire à ma gourde une heure avant le départ. Ça promet !

17h42

À l’appel du speaker tout le monde rejoint la zone de départ et se répartit dans les sas. 45′, 60′ ou 75′. Je ne vise aucun chrono j’ai même beaucoup hésité à m’inscrire pour cette raison. Arriver dans les derniers ne me pose pas de problème majeur, mais je veux éviter d’arriver loin derrière les derniers. Après diverses recos j’ai estimé mon chrono entre 1h45 et 2h00 et comme en 2013 il y avait une cinquantaine de coureurs dans ce créneau-là, je me suis inscrit.
Il n’y a bien sûr pas de sas 105′ ni 120′ donc je me place en queue de peloton, et je recule encore au fur et à mesure que de nouveaux concurrents arrivent dans l’enclos formé par les barrières. J’essaie de repérer la grande silhouette de Paul au milieu de la foule, je sais qu’il compte prendre le départ, mais sans succès. Déjà les premières questions fusent.
« Vous allez faire la course pieds nus ?
— Oui bien sûr. »

Ça semble inquiéter un gars placé en toute dernière position dans le peloton. Il a un talkie à la main, un sac à dos avec le mot ‘secouriste’ brodé, c’est le serre-file. J’explique que je connais le parcours pour avoir déjà fait la course à trois reprises chaussé et que j’ai fait plusieurs reconnaissances pieds nus. Je sais que ça va me coûter 25 minutes au niveau du chrono mais je n’aurai pas de problèmes à rejoindre l’arrivée. Ça semble le rassurer.

18h00

Le départ est donné. Je m’élance tranquillement, démarre le chrono au passage de la ligne mais je ne le regarderai quasiment pas de toute la course. Après 500 m j’estime qu’il est temps de prendre mon rythme et je commence à slalomer dans le peloton toujours dense. Je double et double encore, tout en essayant de maîtriser mon allure et de ne pas me laisser emporter par un excès d’enthousiasme. Je pense également à boire une gorgée toutes les deux minutes, le vent crée une fausse sensation de fraîcheur et les risques de déshydratation sont réels.

Une splendide vidéo de la course vue de l’intérieur par Teïva :

18h14

À peine 2,5 km depuis le départ et déjà la première montée casse les pattes. La plupart des coureurs autour de moi ralentissent, certains marchent déjà. Avec ma foulée médio-pied j’ai un avantage indéniable quand ça monte, j’en profite pour accélérer sur ces 200 m. La plupart de ces gens me dépasseront lorsque je devrais marcher, sur le sentier des crêtes. Autant que je prenne un peu d’avance pendant que le terrain joue en ma faveur.
Le premier ravitaillement est au km 4. Je prends deux gobelets et m’arrête une poignée de secondes, le temps d’en boire un et de me renverser l’autre sur le visage. Suivent 300 m de gravier sur lesquels je ne ralentis pas l’allure puis c’est le début de la montée. Je prends un premier gel, marche quelques dizaines de mètres le temps de le faire passer avec une gorgée d’eau puis reprends ma course.

km 1 : 6’21"
km 2 : 5’28"
km 3 : 5’46"
km 4 : 6’08"
km 5 : 7’11"

18h30

Au bout du chemin des chasseurs, après un passage rafraîchissant sous un brumisateur, le parcours quitte le bitume pour 3,6 km de sentier empierré. C’est là que les choses sérieuses commencent.
Mon allure chute, c’était prévisible et même prévu. Celles et ceux que j’ai doublés plus tôt me dépassent à leur tour et beaucoup m’encouragent. J’ai constaté pendant mes deux recos pieds nus que je peux courir jusqu’au km 7. En fait avec déjà 5 km dans les pattes et une température aussi déraisonnable ma FC est à 96% et j’alterne marche rapide et course lente.

Le sentier fait déjà les premières victimes. Je dépasse un type avec la main en sang. Il a dû simplement se prendre les pieds sur une aspérité et tomber sur les pierres dont les arêtes sont parfois tranchantes. Un secouriste l’a déjà pris en charge, je passe mon chemin. Quelques centaines de mètres plus loin un membre du staff parle dans son talkie : « Lisel est tombée, elle a perdu connaissance ». Le prénom résonne dans ma tête. Lisel Merello c’est une des grandes favorites pour la victoire chez les féminines. Si ma mémoire est bonne elle a déjà emporté trois éditions et fait cette année son retour après une parenthèse de deux ans pour soigner une blessure. Effectivement je passe à côté de l’endroit où trois personnes s’affairent autour d’elle. C’est un choc. Toutes proportions gardées c’est un peu comme passer à côté de Kilian Jornet allongé dans le fossé sur un ultra.

18h50

Un dernier raidillon et me voilà sur le chemin de Pertuas. Bonne surprise, la trajectoire est balayée d’une grande partie des cailloux qui l’encombre. Par le passage de centaines de coureurs avant moi ? Par l’organisation ? Tout ce que je sais c’est que ça me permet de courir pendant quelques centaines de mètres. En fait je parviens à trottiner sur une bonne partie du chemin des crêtes, il n’y a guère que sur le dernier kilomètre où je dois me contenter de marcher rapidement.
Au sommet je rattrape trois coureuses qui élaborent un plan pour se photographier les unes les autres avec la vue sur Bandol et la Méditerranée en arrière-plan. Je leur propose de les photographier toutes les trois ensemble, ce que je fais, et au passage elles m’interrogent sur les raisons pour lesquelles je cours pieds nus. Comme une bonne centaine de personnes l’ont fait avant, pendant et après la course.

Vue de Bandol

Vue de Bandol et Sanary depuis le sommet

La plupart de ceux qui me dépassent sur ce terrain caillouteux ont un mot d’encouragement. Ça me rappelle pourquoi je continue à participer à des compétitions alors que mes performances sont tout sauf performantes. Parce que dans le peloton, la notion de compétition est largement effacée par le simple plaisir de participer et la solidarité.
km 6 : 8’24"
km 7 : 11’51"
km 8 : 11’28"
km 9 : 8’39"

19h07

Les cailloux cèdent enfin la place au bitume. Mon allure passe instantanément de 14′ /km à 5’30 /km.
Les années précédentes le retour vers le port de Bandol avait été assez dur. Gérer la descente d’abord puis la route vallonnée avant la plage. Cette année comme j’ai marché dans la descente au lieu de courir, ma fréquence cardiaque est à peine au-dessus de l’endurance fondamentale. Je peux – enfin – dérouler avec facilité et je rattrape celles et ceux qui m’ont dépassé dans la descente dont beaucoup courent déguisés  Maya l’abeille, une coccinelle, Jules César, un écossais en kilt… Juste avant le dernier ravitaillement une ambulance barre la route, un gars est au sol entouré de pompiers. Décidément elle aura prélevé un lourd tribut cette course !

Je prends mon second gel, une bénévole m’arrose copieusement avec une bouteille d’eau. Jules César me rattrape et me félicite. On échange quelques mots puis il s’arrête sur un banc. Je crois qu’il attend madame laquelle souffre sur ces derniers kilomètres.
Après un virage à angle droit une volée de marches irrégulières descend sur la plage. Une jeune fille qui revient de sa baignade s’étonne à mon passage « Ouah, pieds nus ! » je baisse le regard sur ses pieds nus à elle et lui lance « Ben quoi, toi aussi t’es pieds nus ». Elle éclate de rire.
La plage est un vrai régal. Je suis les traces de chaussures laissées par les concurrents qui m’ont précédé et je m’aperçois que sur ce terrain ma foulée est légèrement plus longue que la leur. J’aurais pensé l’inverse.

19h29

Après la plage je rattrape les ‘Cours Forest’ qui se rassemblent pour terminer en groupe. Deux personnes avec qui j’avais discuté dans l’enclos avant le départ s’enquièrent du déroulement de ma course. Je réponds rapidement tout en dépassant le groupe, puis je commence à accélérer. Progressivement mais sûrement. J’avais estimé mon chrono entre 1h45 et 2h00 et là, à moins d’un kilomètre de l’arrivée le Polar affiche 1h37. Je serai en dessous de ma prévision la plus optimiste alors je lâche la bride, j’essaie de m’appliquer sur la posture et la foulée.

km 10 : 6’45"
km 11 : 7’26"
km 12 : 6’32"
finish : 5’21"

Le point sur la course

Entre le chrono officiel, le chrono donné par mon Polar que j’ai coupé quand j’ai pris les photos au sommet, et le chrono donné par Strava qui ne tient pas compte du temps d’arrêt aux ravitos j’ai l’embarras du choix. Tous sont au-dessous de 1h45 qui était ma prévision la plus optimiste.
Je retiens dans mes tablettes la valeur de 1h41’58" mesurée par le Polar entre la ligne de départ et la ligne d’arrivée.
Est-ce que j’ai été pessimiste dans mes estimations ? Je ne crois pas. La grosse difficulté était le secteur caillouteux de 3,6 km que j’ai parcouru en 59′ puis 51′ lors des recos d’avril. Pendant la course il ne m’a fallu que 43’26" pour couvrir la distance à la vitesse moyenne de 5 km/h. Est-ce que c’était l’ambiance de la course ? Les six semaines de préparation ? Un peu des deux je crois.

Ma plus grosse appréhension était de terminer loin derrière les autres concurrents. De passer pour le mariole de service, le m’as-tu-vu qui se lance à l’aveuglette dans une aventure qu’il est incapable d’assumer. Parce que c’est tout à l’opposé de ma démarche qui vise à montrer qu’avec une préparation suffisante bien des choses qu’on croit infaisables sont à la portée de chacun et chacune.
Quand j’ai ouvert le fichier des résultats je me suis précipité tout à la fin, et je dois avouer que j’étais fier comme Artaban de voir qu’il y a presque une cinquantaine de personnes classées derrière moi et que j’ai une demie heure d’avance sur le dernier.

Je crois que j’ai plus appris sur la course pieds nus pendant ces deux mois de préparation sur terrain difficile que pendant une année entière sur bitume. Il va falloir que je laisse décanter tout ça pour faire le tri, mettre les idées en ordre et publier un billet sur le sujet.


Les clés de la course

Distance : 12,5 km
Dénivelé : 210 m
Chrono : 1h42
Dépense : 1 200 kcal

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15 commentaires sur “Bandol Classic 2014

  1. Jolie performance et très belle course.
    Je n’ose pas encore me lancer dans une compet’ en pieds nus et encore moins j’imagine d’en faire un trail a courte échéance. Pourtant ce matin je participai a une course nature chaussé et me suis fait la reflexion que celle-ci etait faisable avec un entrainement adapté. Merci a toi de me montrer la voie. La prepa est indispensable a toute entreprise bravo pour avoir suivi celle-ci et pour l’exploit d’un chrono d’exception

    • C’est pas simple de franchir le pas et s’inscrire à sa première course pieds nus. Comme dit Sly ci-dessous, il y a déjà la pression causée par le fait d’être le seul pieds nus, il ne faut pas rajouter la pression due à la course. Donc choisis une distance sur laquelle tu es à l’aise (5 km, 10 km) dans un endroit que tu connais et vas-y tranquille sans autre objectif que de passer la ligne d’arrivée.

  2. bien joué !
    oui le simple fait d’être le seul pied nu parmi tous les concurrents met la pression et à la moindre erreur on risque de passer pour le mariole de service.
    donc bravo, way to riprisente !

    • Pas très loin. Mais en regardant la vidéo postée dans l’article j’ai eu la surprise de me reconnaître entre 1:32 et 1:38. Je vais déjà regarder ça image par image.

  3. En un mot : classe !
    En plusieurs mots : tu as décrit très précisement la démarche qui nous anime communément. Bien préparé, l’inimaginable devient réalité. Même pour des rigolos comme nous.

    • Là tu me flattes.
      Si l’approche et la démarche sont similaires, il y a quand même un sacré facteur d’échelle entre le rigolo qui court 12,5 km pieds nus dont un tiers sur des cailloux et le gars qui se prépare pendant deux ans pour courir le Marathon des Sables pendant une semaine entière.
      Il faudrait que je fasse un 24 h ou un 48 h pieds nus pour imaginer être à ton niveau d’implication.
      Tiens, c’est une idée ça…

  4. Bravo pour cette belle perf qui c’est mieux déroulé qu’espérée…
    Je vais prendre exemple de ta sagesse et de ta minutie à la préparation…
    En effet sur la vidéo on te vois bien et ta foulée à l’air d’être souple et légère ;-) bien sur toi, tu sera certainement plus critique avec toi même mais moi je trouve cela déjà pas mal du tout !!!

    • Je suis aussi agréablement surpris par ce que je vois sur la vidéo. Je m’attendais à découvrir des défauts partout, mais globalement ça me paraît pas mal.

  5. "avec une préparation suffisante bien des choses qu’on croit infaisables sont à la portée de chacun et chacune"

    Voilà une jolie phrase. Félicitation pour cette course

    • Merci. C’est vrai qu’on est souvent arrêté par des barrières qu’on s’impose à soi-même. Dans tous les domaines, pas qu’en course à pied.

  6. Pingback: Pieds nus, oui… Mais pour un Trail ? | BourdaRun

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